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1. Avril 1967 : Nassogne se rend à Martel et scelle son amitié avec la « cité aux sept tours »

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Au printemps 1967, une importante délégation nassognarde prenait la route du Quercy pour aller à la rencontre de Martel, petite cité médiévale du Lot. De cette rencontre allait naître l'un des plus anciens jumelages de la commune. Grâce aux archives patiemment rassemblées durant cinquante ans par Madame Adèle Bouquié — coupures de presse, programmes officiels, photographies et documents personnels — il est aujourd'hui possible de revivre, jour après jour, ces journées de fête qui unirent les Forêts d'Ardenne aux terres du diamant noir.

L'invitation de Martel

C'est la Municipalité et le Comité d'Expansion Économique de Martel qui lancèrent les invitations. La cérémonie officielle du jumelage de la cité quercynoise avec Nassogne se tint le dimanche 2 avril 1967, à seize heures, dans le Palais de la Raymondie, l'un des plus beaux édifices de la ville, dont l'une des tours abrite encore la mairie. La séance se déroula sous la présidence de Monsieur Rickard, préfet du Lot, en présence du docteur Pons, député du Lot, ainsi que de nombreuses personnalités venues notamment de Rocamadour.

L'événement dépassait largement le cadre local. Au cours de cette même cérémonie, le préfet devait remettre à Maître Mathieu Méteyé, maire de Martel, la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur — une distinction qui ajoutait une dimension nationale à des journées déjà exceptionnelles.

Quatre jours de fête : le programme

La délégation belge, conduite par le bourgmestre de Nassogne Édouard Paquet et forte d'environ soixante-dix personnes, vécut un séjour intense, partagé entre traditions populaires, découverte touristique et fraternité. Le programme s'étendait du vendredi 31 mars au lundi 3 avril.

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Tout commença le vendredi 31 mars, à dix-sept heures, par l'arrivée de la délégation belge Cours des Fossés et sa réception par le Comité d'accueil. Le lendemain, samedi 1er avril, fut consacré à la découverte de la région : rassemblement Place de la Halle au matin pour la visite de Martel et de Gluges, sous la conduite du secrétaire honoraire du Syndicat d'Initiative, puis départ l'après-midi vers le château de Montal, les grottes de Presque et le gouffre de Padirac. La journée se referma sur un bal populaire et gratuit à la salle des fêtes, animé par l'Orchestre Folklorique de Nassogne.

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Le dimanche 2 avril, point culminant du séjour, débuta par une grand-messe du jumelage, suivie d'une cérémonie au monument aux morts. L'après-midi vit s'affronter, en finale du championnat du Lot (deuxième série), les footballeurs de Martel et ceux de Tour-de-Faure, avant la cérémonie officielle de seize heures au Palais de la Raymondie et le vin d'honneur. En fin de journée, des aubades animèrent les rues de Martel, portées par le Groupe Folklorique de Nassogne et la Clique des Aiglons Martelais, et la soirée se prolongea par un nouveau bal populaire et gratuit, animé par Jean Donguès, de la télévision française.

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Le lundi 3 avril prolongea encore les festivités, cette fois vers Gramat et Rocamadour : visite des grottes de Lacave, séance de travail des responsables, vin d'honneur offert par le Syndicat d'Initiative de Gramat, visite du chenil de la Gendarmerie Nationale, puis l'intronisation du bourgmestre de Nassogne dans le Grand Ordre du Diamant Noir et du Vin de Cahors, à Rocamadour. Une réception du maire de Rocamadour, dans la salle Jean-Lurçat, et une soirée d'adieu offerte par Nassogne refermèrent ces trois jours de fête. Le Groupe Folklorique de Nassogne et la Clique des Aiglons Martelais animèrent l'ensemble des manifestations.

La messe et le recueillement au monument aux morts

Le jumelage débuta sous le signe du spirituel, par une messe célébrée en l'église Saint-Maur de Martel, édifice de toute beauté dont le portail roman s'orne d'un beau tympan du XIIe siècle représentant le Jugement dernier. L'office fut concélébré par le curé de Martel, le chanoine Pechuzal, directeur du pèlerinage de Rocamadour, et le vicaire de Nassogne. Le supérieur du Petit Séminaire de Gourdon prononça l'homélie et insista sur le sens chrétien de l'union des deux cités.

Aux premiers rangs avaient pris place le maire Méteyé, le bourgmestre Paquet, les membres du Conseil communal de Nassogne et les dirigeants du Comité d'Expansion économique et du Syndicat d'Initiative, dont Albert Choque, président du S.I. À l'issue de la messe, la cérémonie se poursuivit devant le monument aux morts, où le bourgmestre de Nassogne et le maire de Martel déposèrent des gerbes aux couleurs de la Belgique et de la France. Après la levée des couleurs, une minute de silence fut observée tandis que retentissait La Brabançonne, suivie de La Marseillaise.

Les visites : Padirac, Presque, Lacave, Montal

Au fil de son séjour, la délégation nassognarde visita plusieurs des sites les plus réputés du Quercy. Au gouffre de Padirac, la descente par ascenseur conduit le visiteur jusqu'à une rivière souterraine que l'on suit en barque sur plus d'un kilomètre, à travers une succession d'étroits couloirs et de lacs ; le scintillement des lumières sur l'eau et l'immensité de la salle du Grand Dôme, l'une des plus hautes salles souterraines connues, laissèrent aux visiteurs un souvenir d'enchantement.

La grotte de Presque, découverte en 1825 et aménagée en 1922, séduisit par sa salle des Merveilles et ses colonnes aux tons ocre se détachant sur la roche. Les grottes de Lacave, très étendues, offrirent un remarquable ensemble de stalactites, stalagmites, concrétions et bassins naturels, mis en valeur par un éclairage ingénieux. Le château de Montal, enfin, joyau de la Renaissance, ajouta sa note d'histoire au parcours — un château qui, en mai 1940, avait hébergé des princes de Belgique.

Le volet sportif

Le sport ne fut pas absent de ces journées. Le dimanche après-midi, sur le terrain de Martel, l'équipe locale soutenue par ses nombreux supporters l'emporta nettement, par cinq buts à un, lors de la rencontre qui comptait pour la finale du championnat du Lot. Quelques jours plus tôt, l'Union sportive de Martel avait déjà battu l'Olympique de Tour-de-Faure par trois buts à un, prenant une sérieuse option pour le titre de champion du Lot (deuxième division) et, de fait, son accession à la première division. La jeune et brillante fanfare des Aiglons Martelais, qui anima les défilés, se préparait déjà à rendre la politesse : elle était attendue en Belgique au mois de juillet suivant, pour le deuxième acte du jumelage.

Les discours : le sens d'une promesse

Les discours prononcés au Palais de la Raymondie donnèrent au jumelage une portée qui dépassait la simple fête. Pas moins de huit allocutions furent prononcées, les principales étant celles du maire Méteyé et du bourgmestre Paquet, maires des deux cités sœurs.

Le maire Mathieu Méteyé, en accueillant ses hôtes, défendit l'idée que le jumelage ne devait pas se limiter à des rencontres folkloriques ou gastronomiques, mais devait reposer sur une communauté de sentiments et de valeurs. Il estima que l'amitié entre les deux peuples existait déjà, plus ancienne que l'épreuve traversée par l'Europe depuis 1830, et qu'il convenait désormais d'aller au-delà du premier mouvement d'enthousiasme pour bâtir, dans la durée, de véritables échanges culturels. Il rappela aussi un point commun entre les deux terres : leur aridité. Le schiste de l'Ardenne comme la roche du Quercy n'accordent pas toujours leur juste récompense au dur labeur de ceux qui veulent leur arracher leur subsistance — ce qui, selon le maire, rapprochait encore les deux populations.

Le bourgmestre Édouard Paquet répondit en filant la métaphore du mariage. S'adressant à ses hôtes comme on le ferait lors d'une union, il demanda à Martel d'accepter Nassogne pour épouse, et accepta solennellement, au nom de tous ses administrés, l'union des deux communes. Il fit observer que le 2 avril 1967 resterait une date mémorable dans les annales des deux cités. Il évoqua le souvenir douloureux mais fraternel de la guerre de 1940 : l'évacuation de nombreux Belges et l'accueil chaleureux qu'ils avaient alors reçu en France. De ses concitoyens, il dit volontiers qu'on pouvait les déclarer « forts, francs, fiers ».

Le député Pons, ainsi que des représentants belges et des comités d'expansion d'initiative des deux pays, prirent également la parole pour se féliciter de l'union des deux communes.

La légende qui relie les deux cités

L'allocution la plus marquante fut sans doute celle d'Albert Choque, président du Syndicat d'Initiative de Nassogne, qui plongea l'assemblée dans l'histoire et la légende. Après avoir reçu des mains du maire de Martel une plaquette consacrée au « Vi Nassogne », il rappela la délicieuse tradition reliant les deux villes.

Selon cette légende, le valeureux Charles Martel, après sa victoire de 732 contre les Arabes et jusqu'à sa mort en 741, aurait fait élever une église à l'endroit même où devait, plus tard, naître un bourg auquel il donna son nom : Martel. Mais Charles Martel n'aurait fait, en réalité, que reprendre une tradition familiale : son père, Pépin de Herstal, était déjà lié à l'histoire de Nassogne. Après avoir fondé l'église de Nassogne, Charles Martel l'aurait rattachée à celle de Liège — tissant ainsi, à travers les siècles, de lointains liens de parenté entre les deux cités. « Parents, après douze siècles, peuvent s'embrasser », conclut en substance l'orateur, scellant par l'histoire ce que la fête venait de sceller dans l'amitié.

Le souvenir de mai 1940

Plusieurs orateurs revinrent sur un épisode commun aux deux régions : le passage de personnalités belges dans le Lot durant la débâcle de mai 1940. Le comte Hubert Pierlot, chef du gouvernement belge, avait alors séjourné à Martel, à l'hôtel de la Couronne, avant de gagner l'Espagne puis l'Angleterre. Les anciens tenanciers de l'établissement gardaient de lui le souvenir d'un homme distingué et aimable. Le château de Montal, tout proche, avait pour sa part hébergé les princes Baudouin et Albert ainsi que la princesse Joséphine. Ces liens noués dans les heures sombres de l'Histoire donnaient à la rencontre de 1967 une résonance toute particulière.

La réception à Rocamadour

2026-06-01_142853.pngLa dernière journée de la délégation belge se partagea entre Gramat et Rocamadour. Dans la cité mariale, les personnalités belges furent accueillies par la Confrérie du Grand Ordre du Diamant Noir et du Vin de Cahors, ainsi que par la municipalité. Le bourgmestre Paquet fut intronisé dans cet ordre, dans le cadre de l'hôtel de la Couronnerie, au terme d'un cérémonial empreint de faste, avant un cocktail servi dans la salle Jean-Lurçat. La presse locale vit dans ces hôtes belges d'excellents ambassadeurs, témoignant de l'hospitalité de leur population — alors qu'il était question, à l'époque, d'un futur jumelage de Rocamadour avec la ville de Beauraing.

L'écho enthousiaste de la presse

L'événement fut abondamment relayé par la presse quercynoise et ardennaise, sous des titres évocateurs : « Une amitié, une promesse », « Le jumelage enthousiaste de Nassogne et de la cité du diamant noir », « Double fête ». Les journaux saluèrent unanimement l'accueil chaleureux des familles martelaises, l'enthousiasme des foules massées dans la salle des fêtes et le long du parcours, ainsi que la qualité des prestations du Groupe Folklorique de Nassogne et de la fanfare des Aiglons Martelais.

Les chroniqueurs insistèrent sur le caractère exceptionnel de l'hospitalité réservée à la délégation. Beaucoup notèrent que ce n'était pas un adieu, mais bien un au revoir : nombre de Martelais se réjouissaient déjà de retrouver leurs hôtes en Belgique, lors des cérémonies finales du jumelage. Au moment des départs, le mardi matin vers huit heures et demie, le Comité d'accueil reçut les remerciements appuyés de la délégation et de la presse, tandis que les familles se séparaient avec émotion.

Une chanson pour l'amitié

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Pour marquer durablement ces journées, Madame Adèle Bouquié composa elle-même une chanson, sur l'air bien connu de Ce n'est qu'un au revoir. Le couplet rappelait simplement que « Martel est un joli pays, oui mais Nassogne aussi, leurs habitants se sont aimés, leur jumelage est né », et le refrain lançait : « Vive Nassogne, vive Martel, vive notre amitié, qu'elle demeure forte et fidèle entre nos deux cités. »

Et demain... rendez-vous à Nassogne

Les festivités du printemps 1967 ne marquaient qu'un commencement. Le bourgmestre Paquet avait annoncé que la signature des chartes d'amitié interviendrait au mois de juillet suivant, en Belgique. La deuxième cérémonie du jumelage fut finalement programmée pour les 16, 17 et 18 septembre 1967, cette fois à Nassogne, où une délégation martelaise conduite par le maire Méteyé devait être reçue dans les Forêts d'Ardenne. Les habitants de Nassogne s'apprêtaient déjà à pavoiser leurs maisons et à réserver à leurs visiteurs un accueil aussi chaleureux que celui qu'ils avaient reçu dans le Quercy.

Plus d'un demi-siècle plus tard, ces pages jaunies, soigneusement conservées par Madame Adèle Bouquié, témoignent de la vitalité d'une amitié née entre la « Cité aux sept tours » du Quercy et la commune ardennaise — une promesse que les générations suivantes ont continué de faire vivre.

A suivre...

Article établi d'après les archives rassemblées par Madame Adèle Bouquié, comprenant cinquante ans d'archives du jumelage : coupures de presse, programmes officiels, photographies et documents personnels de l'époque. Photos (diapositives) couleurs :  Georges Evrard 

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