D’après les archives rassemblées par Madame Adèle Bouquié, comprenant cinquante ans d’archives du jumelage : coupures de presse, photographies et documents personnels de l’époque.
Parmi les pages soigneusement compilées par Madame Adèle Bouquié dans ses albums du jumelage, celles consacrées au mois de mai 1976 occupent une place particulière. Elles témoignent d’un double événement qui a marqué durablement la commune de Nassogne : l’inauguration d’une infrastructure sportive attendue depuis des années, et la première grande mobilisation du jumelage avec Martel autour du football.
Émile Benoît, un nom gravé dans la mémoire de Nassogne
Pour comprendre l’émotion qui entourait cette inauguration, il faut remonter au tout début du football nassognard. C’est en février 1941 — en pleine occupation allemande — que le club de football voit officiellement le jour. Les déplacements se font alors à vélo, parfois à dix bicyclettes pour onze ou douze joueurs, sans prime ni indemniété. Le principal promoteur de cette aventure est alors un jeune étudiant en droit à l’université de Liège, Émile Benoît. Il est aussi un dirigeant influent du Mouvement National Belge (M.N.B.), l’un des mouvements de résistance actifs dans la région.
Le 18 juillet 1944, alors qu’il revenait de Petit-Han où il avait passé la nuit chez un résistant, Émile Benoît, qui circulait à moto, tomba dans un guet-apens dressé par les Allemands. Il fut tué. Il avait contribué à faire naître le football à Nassogne dans les pires conditions ; son nom ne sera pas oublié.
Près de trente ans plus tard, quand la commune décida de doter le club d’un vrai terrain à la rue des Clusères — dernier grand chantier de la municipalité de Nassogne avant la fusion des communes de janvier 1977 —, c’est tout naturellement le nom d’Émile Benoît qui fut choisi pour baptiser l’infrastructure. Le stade fut inauguré avec faste le 27 mai 1976.
Nassogne-Martel : un match amical pour l’occasion
Les archives de Madame Bouquié révèlent la place qu’occupe le jumelage dans cette journée festive. Nassogne ne se contente pas d’inaugurer son stade entre soi : c’est une délégation martelaise qui est invitée à donner le coup d’envoi symbolique de cette nouvelle ère. Un match amical oppose les footballeurs des deux villes jumelées sur la pelouse fraîchement inaugurée.
Les photographies conservées dans les albums témoignent de la chaleur des retrouvailles. On y voit les deux équipes réunies sous les drapeaux belge et français, dans ce stade dont les tribunes accueillent une foule nombreuse. Deux photos en particulier restituent l’atmosphère de la journée : l’une montre la cérémonie de remise des médailles souvenir aux joueurs martelais, l’autre capture les deux équipes alignées, avec les couleurs des deux nations bien en évidence.
Les maillots rayés rouge et noir des visiteurs martelais contrastent avec les tenues vertes et blanches de l’équipe nassognarde. Autour des joueurs, des officiels, des accompagnateurs, des jeunes filles en tenue de cérémonie contribuent à donner à la rencontre une allure de vraie fête franco-belge.
1968, 1969, 1975 : le jumelage s’était déjà mis au vert
Les archives de Madame Bouquié permettent de replacer cet épisode de 1976 dans un fil continu d’échanges entre les deux communes. Dès 1968, dans le cadre de l’Année de la Nature, des célibataires martelais avaient participé à la plantation de vingt douglas dans la forêt de Nassogne — une initiative du Syndicat d’Initiative local, conduite par Joseph Collin, agent technique des Eaux et Forêts, en présence d’Albert Choque, président du syndicat, et d’Edmond Leroy, secrétaire. L’arrosage des jeunes plants s’était fait à l’Orval.
En août 1969, c’est un groupe de vingt-cinq jeunes garçons et filles martelais qui était parti en car pour Nassogne, sous la conduite de l’abbé Pradelle, avant de poursuivre leur périple par l’Allemagne, le Luxembourg et la Suisse. En 1975, ce sont les jeunes de Nassogne qui avaient rendu la pareille en se rendant à Martel. Ces allers-retours réguliers avaient tissé entre les deux communes des liens bien réels, au-delà des cérémonies officielles.
Le dernier chantier avant la grande fusion
L’inauguration du stade Émile Benoît intervient dans un contexte particulier pour Nassogne. La fusion des communes, qui allait regrouper plusieurs entités locales au sein d’une commune élargie, était programmée pour janvier 1977. Le stade à la rue des Clusères représente ainsi le dernier grand projet d’équipement mené à bien par la municipalité historique de Nassogne. C’est dans ce contexte que le choix de faire de l’inauguration une fête du jumelage prend tout son sens : Nassogne, avant de changer d’échelle, voulait célébrer ce qu’elle était — et l’amitié avec Martel en faisait partie.
Les années suivantes donneront raison aux investisseurs : grâce à ce stade réalisé par la commune, le club prendra un nouvel élan, et c’est dans les années septante que l’équipe fanion atteindra son plus haut niveau de toute son histoire, en évoluant pendant trois saisons en première division provinciale.
Article établi d’après les archives rassemblées par Madame Adèle Bouquié, comprenant cinquante ans d’archives du jumelage Nassogne-Martel : coupures de presse, programmes officiels, photographies et documents personnels de l’époque.
Tous les articles consacrés à l'histoire du jumelage Nassogne-Martel, issus des archives de Madame Adèle Bouquié, sont regroupés sur cette page : http://www.nassogne.eu/archives-bouquie/

