
Le Blog de Nassogne a de nouveau analysé les rapports de contrôle de la qualité de l'eau de distribution, que la commune publie sur son site Internet à cette adresse. Les documents couvrent la période de janvier à mai 2026 et émanent du laboratoire accrédité LARECO S.A. de Marche-en-Famenne. Le tableau qu'ils dressent est préoccupant pour deux villages : à Grune et à Forrières, les paramètres microbiologiques ont dépassé les normes légales à plusieurs reprises. A Forrières, les taux de nitrates restent figés depuis des mois entre 85 et 90 % de la limite autorisée.
Forrières : des nitrates chroniquement proches du seuil légal
La zone 2 de Forrières, qui alimente 667 habitants autour de la rue des Alliés, affiche depuis plusieurs années des concentrations en nitrates préoccupantes. La norme légale est fixée à 50 mg/l. Or, sur chaque prélèvement de 2026, les valeurs relevées à la rue des Alliés sont les suivantes :
- 45 mg/l le 5 janvier (90 % de la limite) ;
- 44 mg/l le 2 février (88 %) ;
- 39 mg/l le 2 mars (78 %, seul prélèvement légèrement en retrait) ;
- 43 mg/l le 20 avril (86 %) ;
- 44 mg/l le 4 mai (88 %).
Quatre prélèvements sur cinq se situent donc au-dessus de 40 mg/l, seuil à partir duquel les recommandations sanitaires préconisent une vigilance renforcée pour les populations sensibles — nourrissons en particulier, chez qui des concentrations élevées en nitrates peuvent provoquer la méthémoglobinémie, dite maladie du "bébé bleu". La norme de 50 mg/l a précisément été fixée pour les protéger.
Cette situation n'est pas nouvelle. Sur l'ensemble de l'année 2025, les analyses du même captage de Neuve-Fontaine oscillaient entre 41 et 48 mg/l. Lors du conseil communal du 27 avril 2026, l'échevin des travaux José Dock l'a reconnu publiquement : le captage est sous surveillance renforcée de la SPGE (Société publique de gestion de l'eau) depuis 2024, et la commune adjonct de l'eau de la SWDE pour diluer les nitrates et maintenir le résultat sous la norme. La solution actuelle ne traite donc pas le problème à la source, elle en atténue les effets.
Une question mérite d'être posée publiquement : si la commune adjonct déjà de l'eau de la SWDE pour maintenir les nitrates sous la norme légale, pourquoi ne pas franchir le pas suivant et couper purement et simplement le captage de Neuve-Fontaine pour alimenter cette partie de Forrières exclusivement par l'eau de la SWDE ? Les habitants de la zone 2 bénéficieraient d'une eau dont les nitrates se situent aux alentours de 18 mg/l — soit moins de la moitié des valeurs actuelles — et les épisodes de contamination microbiologique liés à ce captage local appartiendraient au passé. Le coût de l'abonnement SWDE est certes plus élevé que l'eau de captage communal, mais est-il vraiment raisonnable de continuer à gérer, année après année, un captage dont l'eau ne peut être distribuée seule sans flirter avec les normes maximales — et dont l'eau était bactériologiquement non conforme sur trois prélèvements consécutifs au printemps 2026 ?
Des non-conformités microbiologiques confirmées à Grune et Forrières
La norme microbiologique est sans ambiguïté : zéro unité formant colonie (ufc) par 100 ml pour les coliformes totaux, E. coli, entérocoques et Clostridium perfringens. Entre le 20 avril et le 8 mai 2026, cette norme a été dépassée à plusieurs reprises dans deux villages.
Grune : une contamination sévère confirmée par la contre-analyse
Le prélèvement du 20 avril à la rue du Centre révèle 15 ufc/100 ml de coliformes totaux — non-conformité formelle. La contre-analyse effectuée le 29 avril apporte un résultat plus inquiétant encore : les coliformes sont repassés sous la norme, mais le laboratoire détecte du Clostridium perfringens à 6 ufc/100 ml. Surtout, les germes totaux à 22°C atteignent 300 ufc/ml, soit un niveau de contamination bactérienne globale très élevé pour un réseau de distribution.
Le Clostridium perfringens est un indicateur de contamination fécale ancienne ou de remise en suspension de sédiments dans les canalisations. Sa présence, associée à un tel niveau de germes totaux sans chlore résiduel détectable (<30 µg/l), pointe vers un déficit de désinfection structurel sur cette zone.
Ce constat fait écho aux alertes de 2025, où Grune avait enregistré des contaminations fécales sur plusieurs prélèvements consécutifs, avec trois confirmations d'E. coli.
Forrières : trois non-conformités consécutives, puis retour à la normale
A la rue des Alliés à Forrières, la situation microbiologique se dégrade simultanément. Le 20 avril, les coliformes totaux atteignent 17 ufc/100 ml, avec 25 germes totaux/ml. La contre-analyse du 29 avril confirme 3 ufc/100 ml. Le 4 mai, le prélèvement suivant en affiche encore 4 ufc/100 ml. Soit trois mesures non conformes sur trois semaines consécutives.
La contre-analyse du 8 mai marque finalement un retour à la conformité : tous les paramètres microbiologiques repassent sous le seuil légal, avec du chlore libre résiduel à 40 µg/l — signe que la désinfection a été renforcée dans l'intervalle.
Ces contaminations microbiologiques surviennent dans un contexte où les nitrates sont déjà élevés et où le chlore résiduel était inférieur au seuil de détection (<30 µg/l) lors des prélèvements de mars et avril. L'absence de chlore résiduel actif explique en partie la vulnérabilité du réseau aux épisodes de contamination.
Un point d'alerte supplémentaire : la conductivité anormale à Charneux
Lors du prélèvement du 4 mai à Charneux (rue du Poteau, zone 1), la conductivité de l'eau atteint 1 312 µS/cm, pour une limite légale de 2 500 µS/cm. Cette valeur, bien que conforme, est exceptionnellement élevée : elle est plus du double de ce qui était relevé en mars à la route d'Ambly à Forrières (866 µS/cm), elle-même déjà très minéralisée. Cette eau fortement chargée en sels minéraux peut indiquer une origine souterraine particulière ou une infiltration ; les appareils électroménagers des habitants concernés sont susceptibles de s'entartrer rapidement.
A Ambly, le prélèvement du 20 avril signale par ailleurs une odeur et un goût "indéfinissables détectés", sans dépassement formel de norme. Ce signal organoleptique, même sans valeur réglementaire, mérite attention.
Le chlore libre résiduel : des niveaux contrastés selon les zones
En début d'année, deux points de prélèvement affichaient des taux de chlore libre résiduel proches du maximum autorisé (250 µg/l) : Bande Grand Rue et Harsin rue des Écoles, tous deux à 240 µg/l le 5 janvier et le 2 février respectivement. Ces valeurs ne constituent pas des dépassements, mais elles signalent une chloration poussée à son maximum réglementaire.
Ce constat contraste avec la situation de Grune, où le chlore est systématiquement inférieur à la limite de détection (<30 µg/l) sur tous les prélèvements de janvier à avril 2026, et avec Forrières en mars-avril, dans le même cas. C'est précisément dans ces deux zones peu chlorées que les non-conformités microbiologiques se produisent.
Des disparités minérales marquées entre villages
L'eau de la commune présente des profils minéraux très différents d'un village à l'autre. La conductivité varie de 130 µS/cm à Masbourg à 1 312 µS/cm à Charneux. Les nitrates s'échelonnent de 2,6 mg/l à Grune à 45 mg/l à Forrières. Le pH oscille de 6,8 à Masbourg à 8,6 à plusieurs points en zone SWDE. Ces variations reflètent la diversité des origines de l'eau : captages locaux pour Grune et Forrières zone 2, adduction SWDE pour la majorité des autres villages.
Le manganèse, suivi trimestriellement à Nassogne, reste très largement en dessous des normes : entre 0,64 et 3,4 µg/l pour une limite de 50 µg/l.
Ce que la loi impose — et ce qui reste sans réponse
L'article D.187 du Code de l'eau wallon impose aux gestionnaires de distribution d'informer les consommateurs en cas de dépassement des normes de potabilité. Les non-conformités de mars, avril et mai 2026 à Grune et Forrières ont-elles donné lieu à une information des habitants concernés ? La commune affiche elle-même sur son site que "si des résultats d'analyses se révélaient non conformes, l'ensemble de nos abonnés en seraient immédiatement informés". La question mérite donc d'être posée : les habitants de Grune et de Forrières ont-ils été avertis des non-conformités survenues entre le 20 avril et le 4 mai 2026 ?
Par ailleurs, le projet d'élevage avicole industriel à Harsin (140 768 poulets de chair, situé à proximité de zones Natura 2000 et de la Wamme) continue de poser la question de la pression azotée supplémentaire sur des captages déjà sous surveillance renforcée.
Sources : Rapports d'analyse LARECO S.A. (janvier-mai 2026), références B26/R0121/00001 à 00018, consultables sur le site de la commune de Nassogne ; déclarations de M. José Dock, échevin des travaux, conseil communal du 27 avril 2026 ; Code de l'eau wallon, article D.187 ; articles nassogne.eu du 22 mai 2026 sur les nitrates à Forrières.