Au journal télévisé de ce lundi 12-10-2026, Charles Kinif, permanent syndical à la CGSP, exprimait une crainte qui en dit long : celle de voir le service postal tel qu’on le connaît disparaître. La date n’était pas anodine — la CGSP appelait ce jour-là à la grève dans les services publics, et les actions ont surtout touché les centres de tri, les facteurs partant en tournée avec moins de lettres et de colis.
Derrière le mouvement social, une mécanique plus lente. Le contrat de gestion qui lie l’État à bpost expire fin décembre. Celui qui doit lui succéder au 01-01-2027 se négocie en ce moment, avec un objectif d’économies de 50 millions d’euros par an et un réseau de bureaux au cœur des discussions. Plusieurs communes s’en inquiètent déjà publiquement.
Et chacun y contribue sans toujours s’en rendre compte. Fiches de paie, factures d’hôpital, documents de la mutuelle, avertissements-extraits de rôle, courriers de la commune : partout, on propose désormais la version numérique. C’est gratuit, c’est immédiat, c’est séduisant. Mais chaque document qui passe à l’écran est un document qui ne passe plus par la boîte aux lettres — et donc un peu de travail en moins pour celui ou celle qui fait la tournée.
Honnêteté oblige : la dématérialisation n’explique pas tout. bpost perd aussi la distribution des journaux, l’entreprise opère ses propres choix de réorganisation, et c’est l’État qui fixe l’enveloppe. Le citoyen n’est pas responsable de tout. Mais il n’est pas sans pouvoir non plus.
Car le passage au numérique repose, pour l’essentiel, sur un accord. Tant que l’eBox n’est pas activée, les documents officiels continuent d’arriver par courrier ordinaire — et il reste toujours possible de désactiver son compte pour revenir au papier. À chaque case « je préfère recevoir par e-mail », il y a une case en face.
La question mérite d’être posée aux lecteurs : pourquoi ne pas continuer à recevoir tous ces documents par la poste ? Dans chaque village de la commune, quelqu’un connaît un facteur, une factrice, un employé de bureau de poste. Parfois dans sa propre famille. Garder son courrier dans sa boîte aux lettres, c’est aussi leur garantir une tournée.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà basculé vos documents en numérique, ou tenez-vous au papier ? Les commentaires sont ouverts.
