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Loup : Nassogne, commune la plus touchée de la province de Luxembourg selon les chiffres officiels

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Avec 22 attaques attribuées au loup depuis 2016, la commune de Nassogne est celle qui en a subi le plus dans toute la province de Luxembourg. Ces attaques ont fait 127 victimes parmi les animaux domestiques, tués ou blessés. C'est aussi le plus lourd bilan de la province (Voir tableau en fin d'article).

Ces chiffres ne proviennent pas de la presse. Ils sont tirés du fichier officiel du Réseau Loup du Service public de Wallonie (SPW ARNE), intitulé « Biodiversité – Observations du loup en Wallonie – tableau des attaques ». Ce fichier au format CSV est publié en données ouvertes sur le portail ODWB (Open Data Wallonie-Bruxelles). La version utilisée couvre tous les signalements d'attaques transmis au Réseau Loup du 24 août 2016 au 23 septembre 2026.

Ce que disent les chiffres pour Nassogne

Sur 31 signalements d'attaques concernant la commune, le Réseau Loup a conclu :

  • 21 fois à une attaque « loup certain » ;
  • 1 fois à une attaque « loup non exclu » ;
  • 6 dossiers sont encore en cours d'investigation ;
  • 1 cas a été attribué à un chien, 1 à une autre cause, et 1 reste indéterminé.

Avec ses 127 victimes, Nassogne devance nettement les autres communes de la province. Saint-Hubert suit avec 13 attaques et 40 victimes, puis Tenneville avec 9 attaques, 26 victimes et 6 dossiers en cours. Nassogne dépasse même Jalhay (83 victimes) et Waimes (89 victimes), les communes les plus touchées de la province de Liège, au cœur des Hautes-Fagnes où le loup est installé depuis 2018.

L'année 2026 pèse lourd dans ce bilan : 20 dossiers concernant Nassogne datent de cette année, en comptant les attaques attribuées au loup et les dossiers encore en cours.

Une série d'attaques depuis le début de l'été

Plusieurs de ces attaques ont été rapportées par la presse ces derniers mois :

  • juin 2026 : un troupeau attaqué dans le village de Grune ;
  • 5-6 juillet 2026 : à la ferme du Bony, à Bande, douze brebis tuées et trois blessées ; les analyses ADN ont confirmé l'implication d'un loup ;
  • 17 juillet 2026 : à Grune, un mouton tué et deux blessés dans une prairie en bordure de forêt ;
  • mi-juillet 2026 : au verger communal de Grune, quatre moutons morts et trois blessés sur un troupeau de 31 ;
  • 19 septembre 2026 : à Grune, trois brebis attaquées dans un jardin au centre du village ; les analyses sont en cours.

Le coordinateur du Réseau Loup, Alain Licoppe, a déclaré à la presse qu'un nombre d'attaques jamais connu en Wallonie est observé depuis la fin du mois de juin, principalement sur les communes de Nassogne et Tenneville. Deux meutes sont aujourd'hui installées en province de Luxembourg, l'une dans la forêt d'Anlier, l'autre dans le massif de Saint-Hubert. Selon le Réseau Loup, cette seconde meute pourrait être à l'origine de la plupart des attaques récentes.

La province de Luxembourg dans son ensemble

Pour l'ensemble de la province de Luxembourg, le fichier du Réseau Loup recense :

  • 305 signalements d'attaques depuis 2016 ;
  • 121 attaques attribuées au loup, dont 91 « loup certain » et 30 « loup non exclu » ;
  • 362 animaux domestiques victimes de ces attaques, en très grande majorité des moutons ;
  • 25 dossiers encore en cours d'investigation.

Le nombre d'attaques attribuées au loup dans la province a fortement augmenté ces dernières années : 10 en 2023, 23 en 2024, 31 en 2025 et déjà 43 en 2026, au 23 septembre.

À titre de comparaison, la province de Liège compte 169 attaques attribuées au loup sur la même période, et la province de Namur 32.

Le chien reste souvent en cause

Tous les signalements ne concernent pas le loup. Dans les provinces de Luxembourg, Liège et Namur réunies, 149 signalements ont été attribués à des chiens par le Réseau Loup. Pour la seule province de Luxembourg, il y en a 54.

Et la Commune de Nassogne, que fait-elle ?

Face à ce bilan, la réaction publique de la Commune de Nassogne s'est limitée jusqu'ici à l'information et au signalement. Interrogé par la presse après l'attaque de Grune, le bourgmestre Marc Quirynen a expliqué que la commune avait publié sur son site les mesures à prendre. Il invite les habitants à signaler toute observation d'un loup, même sans attaque. Pour les éleveurs, la commune rappelle qu'une attaque suspectée doit être signalée au Réseau Loup au plus tard dans les 48 heures.

Dans les sources publiques consultées, aucune autre initiative de la Commune de Nassogne n'a pu être trouvée. C'est pourtant la commune la plus touchée de la province. Le bourgmestre a par ailleurs l'agriculture et la forêt dans ses attributions.

Tenneville a rencontré le Réseau Loup

La commune voisine de Tenneville, moins touchée selon les chiffres du Réseau Loup, a adopté une autre attitude.

Le 11 septembre, son bourgmestre Nicolas Charlier a publié un communiqué du Collège communal sur sa page Facebook. Il y annonçait plusieurs démarches :

  • le Collège a demandé une réunion avec le DNF et le Réseau Loup, afin d'obtenir des réponses et d'assurer une bonne communication auprès de la population ;
  • une séance d'information pour la population était annoncée ;
  • les interrogations et inquiétudes des habitants seraient transmises à la ministre de l'Agriculture, de la Forêt et de la Ruralité ;
  • par précaution, les propriétaires d'animaux étaient invités à être particulièrement vigilants et à rentrer leurs bêtes la nuit quand c'est possible.

Le Collège y reconnaissait aussi disposer de peu de leviers. Il expliquait ne jamais être informé directement des attaques et n'avoir d'autorité directe ni sur la gestion du loup, ni sur les indemnisations.

Dans un second message, le bourgmestre a rendu compte de la réunion avec le Réseau Loup et le DNF, tenue la semaine précédente. Il qualifie la situation d'inédite et d'interpellante. Plus de quinze attaques ont été déclarées sur le territoire de Tenneville, et plus de quarante sur l'ensemble du massif de Saint-Hubert. Selon lui, les experts n'ont donné aucune indication sur l'évolution du phénomène dans les prochains mois.

Lors de cette réunion, il a été confirmé à la commune qu'elle ne dispose d'aucun moyen de décision en la matière : la gestion du loup et les indemnisations relèvent de la Région wallonne. Le Collège dit toutefois continuer à interpeller les instances concernées, pour que le caractère inédit de la situation soit reconnu et que des mesures spécifiques soient prises. Une réunion d'information pour la population et les éleveurs a été demandée ; la commune attend la réponse des autorités régionales pour en fixer la date.

D'autres communes aussi

Tenneville n'est pas un cas isolé :

  • Léglise : après l'attaque de Louftémont, le bourgmestre Simon Huberty a signé un arrêté de police. Celui-ci interdit, du 7 juillet au 31 août, toute activité collective organisée dans les bois et forêts de la commune entre 20 heures et 6 heures. La commune avait aussi invité la ministre Anne-Catherine Dalcq.
  • Saint-Hubert : face à la présence d'une meute, le bourgmestre a annoncé qu'il allait interpeller la ministre.

La commune la plus touchée de la province n'a, à ce jour, fait connaître aucune démarche comparable. La question mérite donc d'être posée : au-delà de l'appel au signalement, la Commune de Nassogne compte-t-elle demander, elle aussi, une rencontre avec le Réseau Loup, une séance d'information pour ses habitants ou des mesures spécifiques à la Région ?

Et pour l'être humain ?

La multiplication des attaques près des maisons, comme dans un jardin au centre de Grune, nourrit l'inquiétude. Selon les spécialistes, le risque pour l'homme reste pourtant extrêmement faible, car le loup craint naturellement l'être humain, même si le risque zéro n'existe pas. En Europe, seuls 13 incidents ont été recensés entre 2002 et 2020, et aucun n'a été mortel.

Quelques cas récents existent néanmoins à l'étranger :

  • Allemagne : une femme a été mordue en mars dernier. C'est le premier incident de ce type depuis près de 30 ans, pour une population d'environ 1 600 loups.
  • Italie : deux attaques ont été recensées cet été.
  • Pays-Bas : un loup au comportement anormal a mordu l'an dernier une joggeuse, puis un enfant. Selon la presse, en Belgique, un tel animal aurait été abattu beaucoup plus rapidement.

Pour le coordinateur du Réseau Loup, Alain Licoppe, un loup qui pénétrerait dans une exploitation poserait un problème qu'il faudrait régler de manière radicale. Il faudrait d'abord l'effaroucher, puis l'abattre si cela ne suffit pas.

Tous les élus ne partagent pas le même degré de sérénité. À Léglise, le bourgmestre justifie son arrêté par le fait qu'aucun spécialiste ne peut lui garantir un risque nul. À Saint-Hubert, le bourgmestre juge le risque limité face à un loup isolé, mais s'interroge sur ce qui se passerait si une personne se retrouvait face à plusieurs loups. À Tenneville, le Collège communal rappelle que le loup ne représente pas naturellement un danger pour l'homme, mais qu'il ne faut en aucun cas chercher à provoquer un contact avec l'animal.

Comment ces chiffres ont été établis

Les attaques « attribuées au loup » regroupent les deux diagnostics retenus par le Réseau Loup lui-même dans ses statistiques : « loup certain » et « loup non exclu ». Les victimes comprennent les animaux domestiques tués et blessés lors de ces attaques. Les dossiers « en cours » ne sont pas comptés comme attaques de loup, puisque leur conclusion n'est pas encore connue. Le bilan de 2026 pourrait donc encore s'alourdir.

Tableau : province de Luxembourg, par commune

La colonne « 2026* » compte les attaques de loup de 2026 plus les dossiers en cours. Source : Réseau Loup (SPW ARNE), fichier CSV « Observations du loup en Wallonie – tableau des attaques », données du 24/08/2016 au 23/09/2026.

La colonne « 2026* » compte les attaques de loup de 2026 plus les dossiers en cours.
Source : Réseau Loup (SPW ARNE), fichier CSV « Observations du loup en Wallonie – tableau des attaques », données du 24/08/2016 au 23/09/2026.

Commune Signa-
lements
Loup
certain
Loup non
exclu
En
cours
Vic-
times
2026*
Nassogne 31 21 1 6 127 20
Saint-Hubert 19 12 1 2 40 5
Tenneville 23 8 1 6 26 14
La Roche-en-Ardenne 17 4 3 1 15 3
Sainte-Ode 11 5 2 0 19 2
Florenville 10 2 5 0 7 0
Etalle 7 2 4 0 13 0
Houffalize 21 3 1 2 7 5
Vaux-sur-Sûre 15 2 2 0 7 0
Léglise 10 3 1 1 25 3
Libramont-Chevigny 8 3 1 0 7 1
Wellin 7 4 0 0 5 0
Manhay 11 3 0 0 3 1
Bastogne 10 2 1 0 11 1
Vielsalm 12 1 1 1 9 2
Bertogne 8 1 1 0 3 1
Gouvy 8 1 1 0 2 1
Habay 6 1 1 0 2 0
Libin 3 2 0 0 4 0
Rendeux 6 1 0 2 5 2
Marche-en-Famenne 9 1 0 2 2 3
Tellin 2 1 0 1 5 1
Neufchâteau 2 1 0 1 3 1

Une seule attaque de loup a en outre été recensée à Bertrix, Bouillon, Chiny, Fauvillers, Herbeumont, Hotton, Messancy, Saint-Léger, Martelange et Rouvroy.

Une seule attaque de loup a en outre été recensée à Bertrix, Bouillon, Chiny, Fauvillers, Herbeumont, Hotton, Messancy, Saint-Léger, Martelange et Rouvroy.

Sur le même sujet dans le Blog de Nassogne

Sources

Données officielles

Presse

Communications communales

  • Nicolas Charlier, bourgmestre de Tenneville, page Facebook : communiqué du Collège communal sur la présence du loup (11 septembre 2026)
  • Nicolas Charlier, bourgmestre de Tenneville, page Facebook : point de situation après la réunion avec le Réseau Loup et le DNF (septembre 2026)

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