Un vent favorable a permis d'obtenir, ces derniers jours, le schéma synoptique du réseau de distribution de Forrières ainsi que les analyses LARECO des douze derniers mois du captage de Neuve Fontaine. Treize rapports, soixante pages, des conclusions parfois rassurantes, parfois nettement moins. De quoi reprendre, à tête reposée, le dossier que l'échevin des travaux José Dock avait évacué un peu vite lors du conseil communal du 27 avril dernier.
Ce jour-là, face à la minorité, l'explication tenait en quelques phrases : oui, les nitrates sont élevés à Neuve Fontaine, mais la commune procède à un mélange avec l'eau de la SWDE pour rester dans les normes. Solution éprouvée, tout va bien au robinet. Les documents transmis depuis lors dessinent un tableau nettement moins serein.
Ces analyses concernent la zone 2 de Forrières — 316 compteurs, 667 habitants répartis sur :
- la rue des Alliés (du n° 1 au n° 77 et du n° 2 au n° 54),
- Au Fosset,
- la rue du Basteau,
- la rue de la Bonnefosse,
- la rue Château Vallez,
- la rue de la Colline,
- la rue de la Culée,
- la rue d'Eccourt,
- la rue de la Forge,
- la rue de Jemelle,
- la rue Orzée,
- la Place des Martyrs,
- la rue Mélard, la rue de la Ramée,
- l'Impasse Saint-Rock
- Sur les Cresses.
Ces 667 Forrièrois méritent que l'on regarde de près ce que leur réseau leur livre chaque jour.
Des nitrates qui jouent avec la limite légale
La norme de potabilité fixe le plafond à 50 milligrammes de nitrates par litre d'eau. Au-delà, l'eau n'est plus considérée comme propre à la consommation, particulièrement pour les nourrissons et les femmes enceintes.
Sur treize analyses réalisées entre avril 2025 et avril 2026 au point de prélèvement de la rue des Alliés, les nitrates oscillent entre 28 et 48 milligrammes par litre. À deux reprises au moins, en août et en octobre 2025, le résultat a frôlé la limite avec 47 et 48 mg/l — à deux ou trois milligrammes seulement de l'inacceptable. La moyenne annuelle s'établit autour de 41 mg/l. Autrement dit, les habitants de la zone 2 vivent en permanence dans une zone rouge, à la merci d'un pic agricole, d'un printemps sec ou d'un orage mal placé.
Les seules vraies bouffées d'air respirables se situent en juin et juillet 2025, avec 28 et 29 mg/l. Cette chute coïncide avec une baisse marquée de la conductivité de l'eau, ce qui trahit une dilution naturelle par les pluies. Traduction : le captage est tellement sensible aux apports de surface qu'il réagit en quelques jours à la météo. Ce qui descend des champs descend vite dans la nappe.
Une analyse sur deux non conformes au Code de l'eau
C'est le constat qui interpelle le plus en lisant ces documents. Sur ces mêmes treize analyses, six sont déclarées non conformes aux normes prescrites par l'Article D183, Annexe XXXI, du Code de l'eau. Une analyse sur deux. La conclusion figure en toutes lettres au bas de chaque rapport du laboratoire LARECO, accrédité BELAC.
Il faut d'emblée saluer un point positif sur le plan de la procédure : à chaque analyse, le laboratoire teste systématiquement la batterie microbiologique complète — coliformes totaux, Escherichia coli, entérocoques, Clostridium perfringens. Aucun de ces paramètres essentiels n'est jamais « oublié ». Le suivi mensuel est rigoureux, et c'est cela même qui rend les résultats interpellants : ils ne sont pas le fruit d'un échantillonnage partiel ou orienté, mais bien d'un protocole standardisé appliqué à chaque prélèvement.
Les six analyses non conformes en détail
Pour donner une idée concrète de ce que cela signifie, voici les six analyses qui ont échoué au cours des douze derniers mois :
5 mai 2025 — Présence de Clostridium perfringens (4 ufc/100 ml, norme : moins de 1). Cette bactérie, naturellement présente dans les intestins des animaux et dans le sol, est utilisée comme indicateur d'une contamination d'origine animale ou agricole. Sa présence sous forme de spores signale aussi que la chloration habituelle peut être insuffisante, car ces spores y résistent mieux que les autres germes.
4 août 2025 — C'est l'analyse la plus préoccupante de la série. Quatre paramètres microbiologiques en non-conformité simultanée : coliformes totaux (26 ufc/100 ml), Escherichia coli (6 ufc/100 ml), entérocoques (9 ufc/100 ml) et Clostridium perfringens (18 ufc/100 ml). E. coli et entérocoques sont les deux marqueurs reconnus d'une contamination fécale récente — soit d'origine humaine, soit d'origine animale. À cette date-là, l'eau livrée aux 667 Forrièrois de la zone 2 était objectivement contaminée.
6 octobre 2025 — Présence de coliformes totaux (8 ufc/100 ml). Indicateur de contamination du réseau, sans germes fécaux détectés ce jour-là, ce qui est rassurant à demi.
3 novembre 2025 — Présence de coliformes totaux (14 ufc/100 ml). Même type de problème, à un mois d'intervalle.
5 décembre 2025 — Présence de coliformes totaux signalée par le laboratoire (« nombre estimé »), sans dénombrement précis. Là encore, le réseau n'est pas étanche.
20 avril 2026 — Présence de coliformes totaux (17 ufc/100 ml). L'analyse la plus récente confirme que le problème n'est pas réglé.
Deux lectures à tirer de ces résultats
D'un côté, la contamination fécale du 4 août 2025 reste un événement isolé sur la période examinée. Sur les douze autres analyses, ni E. coli, ni entérocoques n'ont été détectés. Cela signifie que la chloration et la conception du réseau remplissent globalement leur fonction de barrière contre les germes les plus dangereux. C'est une donnée importante, qui doit être dite.
De l'autre, la présence récurrente de coliformes totaux — détectée à six reprises en un an, entre mai 2025 et avril 2026, avec des valeurs allant jusqu'à 26 ufc/100 ml — traduit un problème chronique d'étanchéité du réseau ou du captage lui-même. Les coliformes totaux ne sont pas dangereux en eux-mêmes, mais leur présence régulière indique que la barrière entre l'environnement extérieur et l'eau distribuée n'est pas hermétique. C'est précisément cette porosité qui a permis, le 4 août 2025, qu'une contamination fécale franchisse la dernière digue.
Le courriel qui accompagnait l'envoi des analyses mentionne que des contre-analyses sont systématiquement réalisées en cas de non-conformité microbiologique. Soit. Mais ces contre-analyses, elles, n'ont pas été transmises. On ignore donc si elles ont confirmé ou levé les six non-conformités, et surtout quelles mesures correctives ont été prises à chaque fois. Les habitants ont-ils été informés ? Une surchloration a-t-elle été déclenchée ? Une purge du réseau ? Le silence administratif est ici assez assourdissant.
La « dilution » SWDE : un argument qui demande à être vérifié
Au conseil communal, le mélange avec l'eau de la SWDE a été présenté comme la solution. Le schéma synoptique du réseau, daté du 2 août 2024, confirme que le captage de Neuve Fontaine alimente exclusivement le réservoir Sur Chanty, et que ce dernier reçoit aussi un apport de la SWDE en provenance du barrage de Nisramont.
Jusque-là, tout est cohérent. Le problème, c'est que les chiffres portés sur le schéma — 100 m³ par jour pour le captage, 1 m³ par jour pour la SWDE au point Sur Chanty — sont des débits de référence, pas des volumes réellement injectés au quotidien. Le document ne renseigne ni sur les proportions réelles du mélange, ni sur la fréquence du pilotage des vannes, ni sur les critères qui déclenchent une injection plus importante de SWDE. Concrètement, rien dans les documents fournis ne permet d'objectiver l'efficacité de la dilution annoncée. C'est un argument administratif servi à un conseil communal, mais pas une démonstration chiffrée.
Pour cela, il faudrait disposer des relevés des compteurs concernés — le compteur SWDE D20002158 et le compteur de la source drains I21MI952550. Ces données existent forcément quelque part. Encore faut-il qu'elles soient rendues publiques.
Ce qui va plutôt bien, pour être complet
L'analyse complète du 4 août 2025 a le mérite de balayer un spectre très large. Sur ce plan, les nouvelles sont meilleures. Les pesticides, y compris l'atrazine et ses métabolites souvent retrouvés dans les eaux souterraines agricoles, sont tous sous la limite de détection. Les PFAS, ces fameux polluants éternels qui inquiètent partout en Europe, sont également indétectables. Les métaux lourds — plomb, cadmium, mercure — sont conformes, voire très en deçà des seuils. Les sous-produits de chloration sont eux aussi nettement sous la norme.
Le problème de Neuve Fontaine se concentre donc bien sur deux fronts précis : les nitrates d'origine agricole, qui montent dangereusement, et la contamination microbiologique récurrente, qui suggère que la chloration ne suffit pas toujours à garantir une eau irréprochable.
Le contexte ne va pas s'arranger
Tout cela arrive dans un contexte où la commune envisage par ailleurs d'autoriser un poulailler industriel de 140 768 poulets de chair à Harsin, en zone agricole et à proximité immédiate d'une zone Natura 2000. La pression azotée sur la région ne va pas diminuer ; elle ne peut que s'accroître. Le collège lui-même, dans sa réponse à la minorité, reconnaît ne pas pouvoir exclure de risques pour la santé et l'environnement.
Le conseiller Philippe Lefèbvre avait posé la question dès le 27 avril : comment articule-t-on un captage déjà sous tension avec l'arrivée potentielle d'une nouvelle source de nitrates massifs à quelques kilomètres ? La réponse, à ce jour, n'a pas été apportée.
Les questions qui méritent réponse
À la lumière de ces données, plusieurs questions appellent une transparence pleine et entière de la part de la commune :
- Quels sont les volumes réellement injectés depuis la SWDE dans le réservoir Sur Chanty, mois par mois ?
- Sur quels critères les vannes sont-elles pilotées ?
- Les six non-conformités microbiologiques constatées en un an ont-elles donné lieu à des mesures correctives, et lesquelles ?
- Les habitants de la zone 2 ont-ils été informés à chaque épisode ?
- Quelle est la tendance des nitrates sur cinq ans, et non pas seulement sur douze mois ?
- La SPGE, qui suit le captage de près depuis 2024, a-t-elle remis des rapports, et que disent-ils ?
Aux habitants de Forrières — et particulièrement à ceux des seize rues alimentées par Neuve Fontaine — il faut dire ceci : ces questions, vous avez le droit de les poser directement à vos élus communaux. Ce week-end, trois jours de fête animeront Forrières, et de nombreux élus communaux seront présents à cette occasion. C'est le moment de les interpeller, à la bonne franquette, entre deux verres ou au détour d'une conversation. Il est permis d'espérer que les responsables communaux, qui ont certainement pris connaissance du présent article, viendront apporter publiquement les réponses qui s'imposent — au conseil, dans la presse locale, ou directement sur ce blog. L'eau du robinet n'est pas un dossier technique réservé aux initiés : c'est ce que chacun boit, chaque jour, à chaque repas.
Le robinet de la rue des Alliés n'attend pas. Les 667 Forrièrois non plus.
Sources : Rapports d'analyse LARECO B25/R0121/00012 à B26/R0121/00010 (avril 2025 — avril 2026, point ZNASSOG2 Forrières) ; schéma synoptique de la distribution d'eau de Forrières daté du 2 août 2024, fourni par la Commune de Nassogne ; déclarations de M. José Dock, échevin des travaux, conseil communal du 27 avril 2026.
