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Le courrier du Docteur Rousseau enfin dévoilé : alerte sanitaire sur le projet de poulailler de Harsin

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Plusieurs semaines après la demande, la commune transmet la lettre médicale citée dans la délibération du Collège. Sa lecture rend l'« avis réservé » encore plus difficile à comprendre.

Les lecteurs du blog se souviennent de l'article publié il y a quelques semaines sur le projet de construction, à Harsin, de deux poulaillers industriels destinés à accueillir 140 768 poulets de chair, à proximité immédiate de la Wamme et d'une zone Natura 2000. Ce projet avait suscité 475 réclamations citoyennes lors de l'enquête publique, un avis défavorable de la CCATM, des réserves sérieuses du conseiller en environnement de la commune, et finalement... un simple « avis réservé » du Collège communal.

Dans sa délibération, le Collège faisait explicitement référence à un courrier reçu d'un médecin de Nassogne, le Dr Elodie Rousseau, concernant les impacts sanitaires de l'aviculture intensive. Ce courrier était mentionné mais demeurait inaccessible. Plusieurs semaines après ma demande, la commune a fini par le transmettre.

Sa lecture, accessible en pièce jointe à cet article, mérite vraiment que l'on s'y attarde dans son intégralité. Ce qui suit n'en donne qu'un aperçu — les quelques minutes nécessaires à la lecture complète du courrier sont, à mon sens, indispensables pour qui veut comprendre ce dossier.

Je sais que tous les lecteurs ne disposent pas du temps nécessaire pour parcourir un article détaillé. Pour celles et ceux qui sont dans ce cas, j'ai préparé une vidéo de 5 minutes 30 qui résume l'essentiel du dossier et reprend les points principaux du courrier du Dr Rousseau. Elle se trouve juste en dessous.

Cela dit, si le temps vous le permet, je vous invite vivement à poursuivre ensuite la lecture du texte. Il complète utilement la vidéo et apporte des nuances qu'un format court ne peut pas restituer pleinement.

Une lettre médicale précise, sourcée, et sans complaisance

Ce qui frappe d'abord, c'est sa rigueur. Le Dr Rousseau ne fait pas part d'une inquiétude vague. Elle dresse un constat scientifique appuyé sur quatre sources : la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire, l'ADEME (Agence française de la transition écologique), une étude scientifique référencée sur HAL, et l'ITAVI (Institut technique de l'aviculture).

Les élevages avicoles émettent deux grands types de polluants : l'ammoniac (NH₃) et les particules fines (PM10 et PM2,5). L'ammoniac, présent en très forte concentration dans ce type d'élevages, agit comme un précurseur de particules fines en réagissant avec d'autres composés atmosphériques. Et ces particules fines, en particulier les PM2,5, pénètrent profondément dans les poumons jusqu'aux alvéoles et peuvent atteindre la circulation sanguine.

Les conséquences sanitaires énumérées sont multiples et lourdes : asthme, allergies, maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux, cancers. Les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant de pathologies préexistantes sont particulièrement exposés — mais la médecin souligne expressément qu'aucun individu n'est à l'abri.

Le courrier rappelle également que ces particules, restant en suspension prolongée dans l'air, peuvent être diffusées sur de grandes distances. À Harsin, les habitations les plus proches se situent à 400 mètres, et la ventilation est dirigée vers les habitations — mais le périmètre des personnes concernées dépasse largement ce cercle immédiat.

Enfin, le Dr Rousseau souligne que les affections respiratoires d'origine allergique constituent en France la deuxième maladie professionnelle des exploitants agricoles, avec une prévalence particulièrement élevée chez les éleveurs de volailles.

Un avis « réservé » qui interroge davantage encore

Lorsqu'un médecin du territoire prend la peine d'écrire au Collège communal pour transmettre, sources scientifiques à l'appui, un état des lieux des risques sanitaires associés à l'aviculture intensive, on s'attendrait, légitimement, à une position ferme et claire.

Or, dans sa délibération, le Collège communal s'est contenté de mentionner le courrier du Dr Rousseau, de reconnaître que la dispersion de particules fines dans l'air peut être dommageable pour la santé, et d'émettre... un avis réservé.

Ni favorable, ni défavorable. Réservé.

La composition de ce Collège n'arrange rien à l'incompréhension. Il compte en son sein une échevine membre du groupe Ecolo. Il compte aussi un premier échevin qui, lorsqu'un projet similaire avait été déposé dans son propre village, avait voté non sans hésiter. Cette fois, à Harsin, plus à l'écart de son village, c'est l'« avis réservé » qui prévaut.

La lettre, à lire intégralement

Vous trouverez ci-dessous le courrier complet du Dr Elodie Rousseau, désormais public. Encore une fois, sa lecture intégrale ne prend que quelques minutes — et elle vaut largement le temps qu'on y consacre. Le résumé ci-dessus n'en restitue ni la précision ni la portée.

Car si même un courrier médical de cette nature, émanant d'une professionnelle de santé exerçant sur le territoire communal, ne suffit pas à faire pencher la balance au-delà d'un timide « réservé », alors la question mérite d'être posée : qu'aurait-il fallu pour qu'un véritable avis défavorable soit rendu ? Et, sans vouloir préjuger des débats internes au Collège, une autre interrogation, plus discrète, finit par s'imposer : la décision finale reflète-t-elle réellement la conviction de chacun de ses membres, ou bien un certain souci de ne pas heurter une sensibilité dominante au sein de l'exécutif communal ?

Voici l'intégrale de la lettre :

La pollution atmosphérique liée à l'aviculture et ses impacts sur la santé humaine

Dr ROUSSEAU Elodie, 26-02-26


Les élevages avicoles émettent des polluants atmosphériques, notamment de l'ammoniac (NH₃) et des particules fines (PM10 et PM2,5), dont les effets sur la santé humaine et l'environnement sont documentés (1). L'ammoniac, présent en forte concentration dans les élevages avicoles, agit comme précurseur de particules fines en réagissant avec d'autres composés atmosphériques, conduisant à la formation de PM10 et PM2,5 (1). Ces particules, notamment les PM2,5, pénètrent profondément dans les poumons jusqu'aux alvéoles et peuvent atteindre la circulation sanguine, contrairement aux particules de plus grande taille qui s'arrêtent aux voies respiratoires supérieures (2).

Les impacts sanitaires sont multiples : troubles respiratoires (asthme, allergies), maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux et cancers (1,2,3). Les populations les plus vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes souffrant de pathologies préexistantes) sont particulièrement exposées, mais aucun individu n'est à l'abri (2).

Les émissions varient selon plusieurs facteurs : type de sol, litière, alimentation, densité animale, conception du bâtiment et conditions ambiantes (température, humidité) (3). Une production secondaire de particules peut résulter de la réaction entre l'ammoniac et des gaz acides issus des fèces ou de l'eau de boisson (3). Ces particules, en suspension prolongée dans l'air, peuvent être diffusées sur de grandes distances et agissent comme vecteurs d'odeurs et de biocontaminants (3). Elles interfèrent aussi avec des processus biogéochimiques (photosynthèse, acidification, eutrophisation, changement climatique) et affectent la biodiversité (3).

Chez les éleveurs, l'exposition à de fortes concentrations de particules dans les bâtiments nuit à la santé et à la qualité des conditions de travail (3). En France, les affections respiratoires d'origine allergique sont la deuxième maladie professionnelle des exploitants agricoles et la quatrième chez les salariés agricoles, avec une prévalence particulièrement élevée chez les éleveurs de porcs et de volailles (4).

Enfin, les polluants issus de l'aviculture affectent également l'environnement : dégradation de la végétation, eutrophisation des milieux aquatiques, acidification des sols, et dépôts d'azote qui favorisent certaines espèces au détriment d'autres, réduisant localement la biodiversité (1,2).


Sources

(1) Améliorer la qualité de l'air en élevage de volailles. — Recherche & Développement Chambre d'agriculture Pays de la Loire. (s. d.). https://rd-pays-de-la-loire.chambres-agriculture.fr/publications-1/detail-de-la-publication/ameliorer-la-qualite-de-lair-en-elevage-de-volailles

(2) https://www.cancer-environnement.fr/app/uploads/2023/03/ADEME-2012_Emissions_agricoles_PM.pdf

(3) Solène Lagadec, Vincent Blazy, Nicolas Genot, Mélynda Hassouna, Jérome Chiffe, et al. — Élaboration d'un protocole de mesure des émissions de particules en élevage avicole. TeMA, 2020, 55. hal-05194251

(4) ITAVI : Qualité de l'air en élevage de poulet de chair. (s. d.). https://www.itavi.asso.fr/publications/qualite-de-l-air-en-elevage-de-poulet-de-chair

 

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