Adèle Bouquié, à droite sur la photo, en face de son mari René
C'est avec une grande émotion que Nassogne apprend le décès, à Martel, de Madame Adèle Bouquié, née Brugnoni, survenu le jeudi 28 mai 2026 à l'âge de 98 ans. Avec elle disparaît la dernière voix directe de la génération qui, voici près de soixante ans, scella l'amitié entre la « cité aux sept tours » du Quercy et la commune ardennaise.
L'épouse d'un fondateur du jumelage
Pour mesurer la portée de cette disparition, il faut rappeler qu'Adèle Bouquié était l'épouse de René Bouquié, l'un des deux pères fondateurs du jumelage Nassogne-Martel.
Tout commença en 1966, lorsqu'un premier jumelage à l'échelle régionale fut conclu entre les Forêts d'Ardenne (Haute-Lesse, côté belge) et le Quercy français. C'est dans ce cadre que se rencontrèrent les deux hommes qui allaient devenir les artisans d'une amitié plus spécifique entre leurs deux communes : René Bouquié, secrétaire du Syndicat d'Initiative de Martel, et Edmond Leroy, son homologue à Nassogne. Tous deux découvrirent rapidement combien leurs villages se ressemblaient — typiquement ruraux, tous deux pays de sabotiers, dotés chacun d'une clique de musiciens, et comptant à peu près le même nombre d'habitants. Il ne manquait, comme on dit, qu'une étincelle pour transformer ces affinités en véritable union de cœur.
Convaincus que ces points communs méritaient d'être scellés dans une relation durable, Bouquié et Leroy entreprirent de formaliser un jumelage qui ne serait pas seulement administratif, mais porté par les citoyens eux-mêmes. Leur persévérance, leurs échanges et leur enthousiasme aboutirent à la cérémonie historique du 2 avril 1967, à Martel. À ses côtés tout au long de cette aventure, Adèle Bouquié vécut donc le jumelage de l'intérieur, comme l'épouse de l'un de ses deux pères fondateurs.
Les deux cofondateurs nous ont quittés il y a déjà plusieurs années, et une plaque commémorative a été posée à Nassogne, près de l'arbre du jumelage, en l'honneur de René Bouquié et d'Edmond Leroy. Avec le départ d'Adèle, c'est aujourd'hui le dernier témoin direct de cette génération fondatrice qui s'éteint.
Une vie au service de la mémoire commune
Témoin privilégié et compagne d'un fondateur, Adèle Bouquié choisit très tôt d'endosser un rôle qui lui ressemblait : celui de gardienne attentive de la mémoire. Pendant près de soixante ans, elle a patiemment rassemblé, classé et conservé tout ce qui pouvait témoigner de l'amitié née entre les deux communes : coupures de presse de L'Avenir du Luxembourg et des journaux quercynois, programmes officiels, photographies, cartons d'invitation, lettres, souvenirs personnels. Deux albums exceptionnels, fruit d'un demi-siècle de fidélité, constituent aujourd'hui l'une des sources les plus précieuses pour qui veut revivre, jour après jour, les journées fondatrices de 1967.
Son nom apparaît d'ailleurs dans les archives mêmes du jumelage : c'est elle qui avait composé, sur l'air de Ce n'est qu'un au revoir, la petite chanson qui accompagna les festivités d'avril 1967 et dont le refrain disait : « Vive Nassogne, vive Martel, vive notre amitié, qu'elle demeure forte et fidèle entre nos deux cités. » Plus de cinquante ans plus tard, ces quelques vers résonnent comme un véritable testament.
Un don d'archives à Nassogne
Fidèle à sa mission jusqu'au bout, Adèle Bouquié a tenu, dans les derniers temps de sa vie, à ce que cet héritage ne reste pas confiné à Martel. Elle a exprimé le souhait que ses deux albums — fruit d'un demi-siècle de patience — soient transmis aux Nassognards, afin qu'eux aussi puissent garder vivante la mémoire du jumelage.
C'est son petit-fils, Nicolas Bouquié, qu'elle a chargé d'accomplir ce dernier vœu. Il faut dire que la transmission se faisait, là encore, en pleine continuité familiale : Nicolas Bouquié est le petit-fils de Fernand Gengler et de René Bouquié, tous deux à l'origine du jumelage entre Nassogne et Martel, et le fils aîné de Nicole Gengler et d'Alain Bouquié. Trois générations, donc, mobilisées au service d'une même amitié.
C'est ainsi que, voici peu, l'auteur de ces lignes a reçu de Nicolas Bouquié la version numérisée des deux albums compilés par sa grand-mère. Grâce à ce don, les archives d'Adèle Bouquié ne disparaîtront pas avec elle : elles vont au contraire pouvoir être étudiées, partagées et exploitées pour raconter, à Nassogne aussi, la belle aventure du jumelage. Un premier article complet sur la cérémonie d'avril 1967, bâti à partir de ces documents, paraîtra prochainement sur ce blog. Que Nicolas Bouquié soit ici chaleureusement remercié pour ce geste, qui honore à la fois la mémoire d'Adèle et la promesse d'avril 1967.
Les obsèques
Selon l'avis de décès affiché à Martel, la cérémonie religieuse aura lieu le mardi 2 juin 2026 à 10 heures en l'église de Baladou, suivie de la crémation à 12 heures au Crématorium de la Vézère à Allassac. Madame Bouquié repose à la chambre funéraire Le Passage à Martel, où un registre de condoléances est à disposition, ainsi que sur le site www.pflepassage.fr. La famille a fait part du souhait : sans fleurs, ni plaques.
Hommage
À toute sa famille — et particulièrement à son petit-fils Nicolas Bouquié —, à ses proches, à ses amis martelais et quercynois, Nassogne adresse ses plus sincères condoléances. Que les habitants de la commune ardennaise sachent qu'avec Adèle Bouquié s'éteint une voix discrète mais précieuse, qui aura contribué, à sa manière, à maintenir vivante la promesse d'avril 1967.
Il appartient désormais à celles et ceux qui héritent de ses archives — et à tous ceux que le jumelage Nassogne-Martel intéresse — la responsabilité de poursuivre l'œuvre commencée par cette femme attentive et fidèle. Ce sera, sans doute, le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre.
Avec toute la gratitude de Nassogne pour ces cinquante années d'archives, dont le don aux Nassognards permettra de raconter, longtemps encore, l'histoire de l'amitié entre les deux communes.