
Dans son dernier bulletin communal Flash Info, la Commune de Nassogne consacre un article au captage de Neuve-Fontaine, à Forrières, sous le titre « Nitrates dans l'eau de captage de Neuve-Fontaine : point sur la situation ». Le texte fait suite aux interrogations exprimées par plusieurs habitants de Forrières, et entend apporter, selon ses propres termes, des informations « claires et complètes » sur la situation. La démarche est utile et plusieurs éléments y sont exacts. Mais cette mise au point reste rassurante par omission : un seul chiffre y est cité, la marge réelle n'y figure pas, et la dimension microbiologique du dossier y est totalement absente.
Ce que la Commune dit, et qui est exact
Il faut le reconnaître d'emblée : sur l'essentiel réglementaire, la Commune ne se trompe pas. La norme européenne fixe le seuil maximal de nitrates dans l'eau potable à 50 mg/l, et ce seuil n'est effectivement pas dépassé. À ce titre, l'eau distribuée depuis le captage de Neuve-Fontaine est conforme à la législation en vigueur.
Le bulletin décrit par ailleurs de vraies démarches de fond. Le captage est partagé avec la Commune de Rochefort, qui a confié une étude au bureau EPukarst, avec le soutien financier de la Société publique de gestion de l'eau (SPGE). Trois piézomètres ont été forés en amont de la source, à des profondeurs de 20 à 60 mètres, afin de mieux comprendre la nappe et d'identifier des solutions pour réduire les teneurs en nitrates. Les premiers résultats ont été présentés lors d'une promenade commentée, le 29 mars, dans le cadre des Journées wallonnes de l'eau, qui a réuni EPukarst, la CWEPSS, PROTECT'eau, la SPGE, le Contrat Captage et les deux communes. Ces initiatives sont réelles et méritent d'être saluées.
Sur ce point, toutefois, le bulletin n'apporte rien de neuf. Ces forages témoins avaient déjà été présentés au conseil communal du 27 avril 2026 et relayés sur ce blog dès le 28 avril 2026, avec un constat alors jugé encourageant : en profondeur dans la nappe, la concentration en nitrates est environ deux fois moindre qu'à la résurgence. Le « point sur la situation » reprend donc, plusieurs semaines plus tard, des éléments déjà publics — sans y ajouter les chiffres qui manquaient.
Ce que le « point sur la situation » passe sous silence
Un seul chiffre, et pas le plus parlant
Le bulletin ne cite qu'une seule valeur : le seuil de 50 mg/l. Il se garde de mentionner la moindre concentration réellement mesurée. Or les analyses du laboratoire LARECO, accessibles via la transparence administrative, racontent une autre histoire. En 2025, les teneurs relevées sur le réseau alimenté par Neuve-Fontaine (zone 2 de Forrières, autour de la rue des Alliés) ont oscillé entre 41 et 48 mg/l, avec des pointes à 47 mg/l à plusieurs reprises et un maximum de 48 mg/l le 4 août. En 2026, les valeurs restent élevées : 45 mg/l le 5 janvier, 44 mg/l le 2 février, 39 mg/l le 2 mars, 43 mg/l le 20 avril, 44 mg/l le 4 mai.
Ces données ont déjà été publiées et détaillées sur ce blog : douze mois d'analyses du captage dans l'article du 25 mai 2026, puis un état des lieux du réseau communal dans celui du 12 juin 2026.
Dire « le seuil n'est pas dépassé » est donc exact, mais incomplet : à 47 ou 48 mg/l, la marge n'est plus que de 2 à 3 mg/l. On se situe à 94 voire 96 % de la limite légale. En écrivant simplement que le seuil n'est pas dépassé, la Commune laisse le lecteur conclure que tout va bien et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Mais les chiffres réels disent autre chose : avec 2 ou 3 mg/l à peine de marge avant le plafond, une réserve aussi mince peut s'effacer en quelques jours, lors d'un été sec ou d'un pic agricole — exactement le genre de situation que le bulletin reconnaît lui-même possible en période sèche.
Pourquoi cette marge compte
Le seuil de 50 mg/l n'a rien d'arbitraire. Il a été fixé notamment pour protéger les nourrissons, chez qui des concentrations élevées en nitrates peuvent provoquer la méthémoglobinémie, dite maladie du « bébé bleu ». Plus on s'en approche, plus la réserve de sécurité s'amincit pour les populations sensibles. Or le bulletin le reconnaît lui-même : les concentrations en nitrates ont tendance à s'élever en période sèche. Un été chaud, conjugué à une baisse de débit du captage, réduit donc précisément la marge au moment où elle compte le plus.
La dilution : une stratégie, pas un heureux hasard
Le bulletin présente l'apport d'eau de la SWDE comme un complément destiné à compenser un déficit de production du captage, qui « contribue à diluer les nitrates ». La formulation laisse penser que la dilution est un effet de bord bienvenu. La réalité est plus directe : lors du conseil communal du 27 avril 2026, l'échevin des travaux José Dock a reconnu que l'ajout d'eau de la SWDE est la solution employée pour atteindre des normes acceptables. Autrement dit, on dilue délibérément pour rester sous la barre. Cette stratégie atténue les effets du problème ; elle ne le traite pas à la source.
Le silence complet sur la microbiologie
C'est l'omission la plus marquante. Un « point sur la situation » qui se veut complet ne parle que des nitrates. Pas un mot sur les non-conformités microbiologiques relevées de façon répétée sur ce même réseau. En 2025, six analyses sur treize ont été déclarées non conformes pour des paramètres bactériologiques (coliformes totaux, Escherichia coli, entérocoques, Clostridium perfringens). De nouvelles non-conformités ont encore été constatées à Forrières et à Grune au printemps 2026. Contrairement aux nitrates, ces germes ne se diluent pas et représentent un risque sanitaire plus immédiat. Un texte qui affirme que l'eau « ne présente aucun risque pour la santé » sans évoquer ces épisodes donne une image partielle de la situation.
L'origine des nitrates passée sous silence
Le bulletin n'indique jamais d'où viennent les nitrates. Leur origine est essentiellement agricole, liée à la fertilisation des sols sur le bassin d'alimentation du captage — c'est précisément à la source que le problème devrait être traité, et non seulement à la dilution. Les « actions concrètes » annoncées restent, à ce stade, peu détaillées : ni calendrier, ni objectif chiffré de réduction ne sont communiqués aux habitants.
En somme
La mise au point communale n'est pas mensongère : l'eau est légalement conforme et la Commune engage de vraies démarches. Mais elle est rassurante par omission. En ne citant qu'un seul chiffre, en taisant la marge réelle, en passant sous silence les non-conformités bactériologiques et l'origine des nitrates, elle répond aux inquiétudes des habitants sans leur donner les éléments qui leur permettraient d'en juger par eux-mêmes.
Quelques questions restent ouvertes. Puisque l'eau de la SWDE est déjà mobilisée pour diluer les nitrates, ne serait-il pas plus sain, à terme, d'alimenter la zone 2 de Forrières entièrement via la SWDE ? Quel délai de réaction la Commune se fixe-t-elle en cas de dépassement du seuil ? Et quel calendrier pour les solutions issues de l'étude EPukarst ? Autant de points sur lesquels les habitants seraient en droit d'être informés aussi clairement que sur la conformité réglementaire.
Les résultats des analyses d'eau sont consultables sur le site de la commune.
Sources
- Bulletin communal Flash Info, Commune de Nassogne, article « Nitrates dans l'eau de captage de Neuve-Fontaine : point sur la situation ».
- Analyses de potabilité du laboratoire LARECO S.A. (Marche-en-Famenne), réseau de distribution de Nassogne, prélèvements 2025 et 2026, obtenues via la transparence administrative.
- Conseil communal de Nassogne du 27 avril 2026, interventions de l'échevin José Dock et du conseiller Philippe Lefèbvre.
- Reportage TV Lux : Nitrates et manque d'eau à Forrières — un des trois captages est suivi de très près par la SPGE.
- L'Avenir du Luxembourg, édition du 28 avril 2026 : Nassogne : des concentrations de nitrates proches des limites de potabilité au captage de Neuve-Fontaine.