
475 réclamations, un avis défavorable de la CCATM, des risques environnementaux majeurs... et un simple "avis réservé" en guise de réponse.
En bref Un projet de deux poulaillers industriels (140.768 poulets de chair) est en cours d'instruction à Nassogne, à deux pas d'une zone Natura 2000 et de la réserve naturelle des Prés de la Wamme. L'enquête publique a suscité 475 réclamations citoyennes. La CCATM a rendu un avis défavorable. Le conseiller en environnement a pointé de graves lacunes dans le dossier. Un médecin a alerté sur les risques pour la santé. Pourtant, le Collège Communal — qui avait pourtant pris des engagements politiques contre tout nouvel élevage industriel — s'est contenté d'un timide "avis réservé". Ni oui, ni non. Une abstention qui interroge.
L'article qui suit est détaillé — comme le mérite un dossier de cette importance. Prenez cinq minutes. Cela vaut la peine.
Un projet hors normes dans un écrin de nature
Il faut imaginer la scène. En plein cœur de l'Ardenne luxembourgeoise, à deux pas d'une zone Natura 2000, d'une réserve naturelle abritant 150 espèces végétales et d'un site de grand intérêt biologique remarquable pour son ornithologie, un agriculteur dépose une demande de permis d'environnement de classe 1 pour construire et exploiter deux poulaillers industriels capables d'accueillir simultanément 140.768 poulets de chair.
Ce n'est pas tout. Le projet comprend également un hangar pour matériel et groupe électrogène, deux chaudières à gaz de 500 kWth, des citernes à gaz, des silos-tours, un pont-bascule, un box à cadavres, un silo cylindrique à céréales de 1.500 m³, et — cerise sur le gâteau — le forage d'un puits pour pomper directement dans la nappe phréatique locale. L'étude d'incidence environnementale évalue la consommation annuelle en eau à 8.300 m³, soit l'équivalent de la consommation de 245 personnes.
Bienvenue dans l'agriculture industrielle du XXIe siècle, version Nassogne.
475 citoyens qui crient leur inquiétude
L'enquête publique s'est déroulée du 28 janvier au 27 février 2026. Elle a suscité 475 réclamations, dont 417 formulaires identiques signés par des citoyens mobilisés. C'est un signal démocratique fort, rarissime pour une commune de la taille de Nassogne. Les riverains ne sont pas des idéologues anti-agriculture : ils soulèvent des problèmes concrets, documentés, légitimes.
Que disent-ils ? Tout, ou presque.
Sur l'eau, d'abord. Le forage prévu va puiser dans une nappe phréatique locale dont la capacité réelle n'a jamais été sérieusement évaluée. L'étude d'incidence se contente de se référer à une masse d'eau régionale s'étendant de Louveigné à Chimay, ignorant superbement les caractéristiques géologiques locales — des sols schisteux et schisto-gréseux dont la capacité de stockage est nettement inférieure aux sols calcaires pris comme référence. En clair : on ne sait pas vraiment combien d'eau il y a sous nos pieds, mais on fore quand même. Et pendant ce temps, les sécheresses estivales se multiplient.
Sur la pollution des eaux de surface, ensuite. Les eaux pluviales, chargées de nitrates et de phosphates, seront dirigées vers des mares-tampons puis vers... la Wamme. Cette même Wamme qui traverse Hargimont, qui est un lieu de baignade, et qui longe le site Natura 2000 BE34022 "Basse vallée de la Wamme" et la réserve naturelle "Prés de la Wamme". Les résidus de médicaments utilisés dans l'élevage intensif, les fientes, les eaux de nettoyage : tout cela finira, d'une manière ou d'une autre, dans notre environnement immédiat.
Sur l'air, les riverains pointent les émissions d'ammoniac, de particules fines et d'odeurs. Un médecin, le docteur Rousseau, a même pris la peine d'écrire au Collège pour alerter sur les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique liée à l'aviculture intensive. Les habitations les plus proches se situent à 400 mètres. La ventilation des poulaillers est — ironie cruelle — dirigée vers les habitations.
Sur la biodiversité, les inquiétudes sont tout aussi fondées. Le site jouxte le SGIB n°1879, remarquable pour son intérêt ornithologique, et le site Natura 2000 BE34022 qui abrite des milieux alluviaux en excellent état et des espèces botaniques remarquables. Les dépôts d'ammoniac risquent d'acidifier ces sols naturellement peu calcaires, provoquant sur le long terme une dégradation irréversible de ces écosystèmes précieux. La Flandre, elle, a déjà tiré les leçons de cette réalité : elle interdit désormais les nouveaux élevages à proximité de sites naturels, après avoir constaté les ravages de l'acidification et de l'eutrophisation.
Sur le charroi, enfin. Un camion par jour en moyenne, aller-retour, sur des routes étroites non adaptées, utilisées par des promeneurs et jalonnées de points-nœuds du réseau pédestre balisé. Anti-touristique, dit pudiquement la CCATM. Dangereux, dit le conseiller en environnement, qui signale une visibilité très limitée au carrefour du Chemin sur le Foy.
Et l'on pourrait continuer encore : l'imperméabilisation de 1,3 hectare de prairies naturelles, le bruit, les odeurs lors des opérations de chargement, l'impact paysager dans une région qui mise sur le tourisme doux, la surproduction nationale de poulets de chair qui dépasse déjà 230% de la consommation belge...
La CCATM dit non. Le conseiller en environnement dit attention. Le Collège dit... "réservé".
La Commission Communale d'Aménagement du Territoire et de la Mobilité (CCATM) a rendu un avis défavorable le 3 février 2026. Ses membres ne mâchent pas leurs mots : "Il faut savoir si on veut encore de ce type d'élevage", "On a atteint les limites de la Commune", "Doit-on continuer à accentuer ce type d'élevage ?". Ils pointent les routes inadaptées, les risques liés à l'eau, la ventilation dirigée vers les habitations, la proximité du Natura 2000. Ils posent même une question de bon sens : "Pourquoi s'étendre vers la zone Natura 2000 et ne pas recentrer l'exploitation ?"
Le conseiller en environnement de la commune, dans son analyse technique, est lui aussi formel : l'étude d'incidence est insuffisante sur la question du captage d'eau, les eaux pluviales chargées de fertilisants menacent directement les zones naturelles en contrebas, les rejets d'ammoniac risquent de dégrader les sols de la zone Natura 2000 sur le long terme, et la visibilité au carrefour du Chemin sur le Foy est dangereuse. Il conclut qu'"un complément d'étude, des mesures de réduction des rejets atmosphériques et d'épuration des eaux pluviales semblent nécessaires".
Alors, face à tout cela — 475 réclamations citoyennes, un avis défavorable de la CCATM, une analyse technique qui pointe des lacunes sérieuses, un médecin qui alerte sur la santé publique — que décide le Collège Communal de Nassogne, réuni le 9 mars 2026 sous la présidence du Bourgmestre Marc Quirynen ?
Il émet un "avis réservé".
Un avis réservé. Pas un refus. Pas une demande de révision profonde du projet. Pas un moratoire. Un avis réservé, motivé par le fait que "le dossier ne permet pas, en l'état, de garantir l'absence d'incidences significatives sur la santé publique et les milieux naturels".
En d'autres termes : on n'est pas sûr que ce soit sans danger, mais on ne dit pas non non plus. On s'abstient. On botte en touche. On laisse la décision finale à d'autres.
Les promesses, c'est fait pour être oubliées ?
Ce qui rend cette position d'autant plus consternante, c'est le contexte politique local. La CCATM rappelle elle-même qu'une réunion entre tous les partis politiques de la commune s'était tenue en septembre 2024, et qu'il y avait été acté qu'"on a atteint les limites de la Commune". Des engagements politiques avaient été pris d'exclure tout nouvel élevage industriel en faisant respecter le Schéma de Développement Communal (SDC).
Or, ce même SDC stipule explicitement de "ne pas autoriser les exploitations d'élevage industriel à grande échelle". Le projet actuel, avec ses 140.768 poulets de chair, ses deux poulaillers de 107 mètres de long et ses infrastructures tentaculaires, relève-t-il de l'élevage industriel à grande échelle ? La question mérite à peine d'être posée.
Le Programme Communal de Développement Rural (PCDR) allait dans le même sens, exprimant le souhait de "favoriser l'émergence d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement". Et le Plan stratégique wallon de la PAC prévoit le développement de poulets alternatifs, sources de diversification qualitative — pas de nouveaux hangars d'élevage intensif.
Tout semblait donc pointer vers un refus clair et motivé. Mais voilà : entre les engagements affichés et les actes, il y a parfois un gouffre. Le Collège Communal vient de nous en donner une nouvelle illustration.
Ce que ce dossier révèle vraiment
Au-delà du cas spécifique de ce projet, ce dossier est révélateur d'un malaise plus profond. Il montre comment des projets d'élevage industriel continuent d'avancer, portés par une logique économique individuelle, pendant que la collectivité — les riverains, la faune, la flore, les nappes phréatiques, les promeneurs, les touristes — en supporte les conséquences.
Il montre aussi les limites d'un système où un Collège Communal peut, face à une avalanche d'avis négatifs concordants, se réfugier derrière un "avis réservé" qui ne engage à rien et ne protège personne.
Les 475 citoyens qui ont pris la peine de rédiger ou de signer une réclamation méritaient mieux que ça. La Wamme, le Natura 2000, les "Prés de la Wamme" et leurs 150 espèces végétales méritaient mieux que ça. Nassogne méritait mieux que ça.
Le document officiel
Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de l'avis du Collège Communal de Nassogne, tel qu'extrait du registre aux délibérations, séance du 9 mars 2026. Vous pouvez également le télécharger en cliquant ici.
PROVINCE DE LUXEMBOURG. ARRONDISSEMENT DE MARCHE-EN-FAMENNE COMMUNE DE NASSOGNE 013695000004589
Du registre aux délibérations du Collège Communal de cette Commune, a été extrait ce qui suit
SEANCE DU 9 mars 2026
PRÉSENTS : M. Marc QUIRYNEN, Bourgmestre ; M. Vincent PEREMANS, M. Quentin BLAISE, M. José DOCK, Mme Myriam VAN HULLEGUEUNING, Échevins ; Mme Florence ARRESTIER, Présidente du CPAS ; M. Quentin PAQUET, Directeur général ;
Permis d'environnement classe 1 : La régularisation urbanistique du niveau du hangar à anas de lin existant et la construction et l'exploitation d'un hangar pour matériel, groupe électrogène, deux chaudières à gaz de 500 kWth et batteries, de deux poulaillers pour un total de 140.768 poulets de chair, de quatre locaux techniques, de deux citernes à gaz aériennes de 9.150 litres, de six citernes à eaux de nettoyage des poulaillers de 20 m³, de sept citernes à eaux pluviales, d'une trémie à céréales de 30 m³, de sept silos-tours pour aliments secs, de deux mares-tampons de 530 m³, d'un pont-bascule, d'un box à cadavres et d'un silo cylindrique à céréales de 1.500 m³ ; le forage d'un puits en vue de l'utilisation d'une prise d'eau : Avis
Le Collège Communal,
Considérant que le projet se situe en zone agricole pour le solde au niveau du plan de secteur ; Considérant qu'au niveau du Schéma de Développement Communal, la parcelle se situe en Espace agricole ; Considérant que les parcelles se situent dans le Guide Communal d'Urbanisme ;
Considérant que le projet porte sur la régularisation urbanistique du niveau du hangar à anas de lin existant et la construction et l'exploitation d'un hangar (dimensions : 20 m x 15 m) pour matériel, groupe électrogène, deux chaudières à gaz de 500 kWth et batteries, de deux poulaillers (dimensions : 107,40 m x 29 m) pour un total de 140.768 poulets de chair, de quatre locaux techniques (dimensions : 9 m x 3,27 m), de deux citernes à gaz aériennes de 9.150 litres, de six citernes à eaux de nettoyage des poulaillers de 20 m³, de sept citernes à eaux pluviales (deux de 10 m³ et cinq de 20 m³), d'une trémie à céréales de 30 m³, de sept silos-tours (six de 30 m³ et un de 14 m³) pour aliments secs, de deux mares-tampons de 530 m³, d'un pont-bascule (dimensions : 18 m x 3 m), d'un box à cadavres et d'un silo cylindrique à céréales de 1.500 m³ ; le forage d'un puits en vue de l'utilisation d'une prise d'eau ;
Analyse
- Considérant l'enquête publique qui s'est déroulée du 28 janvier 2026 au 27 février 2026 et qui a fait l'objet de 475 réclamations (dont 417 formulaires de réclamations identiques) ;
- Considérant que les réclamations portent essentiellement sur :
417 courriers semblables
— Pollution olfactive : vu la localisation du projet et les vents dominants, les riverains subiront les odeurs.
— Pollution visuelle : le projet est situé dans un lieu de promenade et constitue une rupture avec le paysage.
— Atteinte à la biodiversité et au bien-être animal : lieu (proximité réserve Natura 2000) riche en faune (site important pour les oiseaux de grande taille) et flore menacée par les rejets (les polluants, l'usage...).
— Problème pour la santé des riverains exposés aux rejets de gaz, poussières...
— Conditions de vie imposées aux animaux dans ce type d'élevage (surpopulation, absence de parcours extérieur...).
— Atteinte à l'intérêt général : forage d'un puits et utilisation massive d'eau pour les besoins du poulailler alors que les périodes de pénurie d'eau sont de plus en plus fréquentes. Avantage économique indirect car l'agriculteur dispose d'une ressource en eau gratuite ou faiblement valorisée. Le recours à l'eau du réseau public aurait l'avantage de s'inscrire dans le principe du pollueur-payeur.
— Pollution du sol et des eaux : l'usage intensif de ce type d'élevage implique une pollution du sol et des eaux (stockage des fumiers secs en bordure de champs qui implique un lessivage par les pluies et conduira les eaux vers les fossés et la Wamme + épandage des fientes et eaux de nettoyage où les résidus de médicaments sont dispersés et pollueront les terres et nappes phréatiques).
— La production de poulets de chair atteint 230% de la consommation nationale. L'acceptation de nouveaux projets ne fera qu'aggraver la concurrence entre agriculteurs face à la grande distribution. Déjà beaucoup de poulaillers sur Ambly et Harsin avec des désagréments pour les riverains.
— Impact visuel important dans un paysage préservé (chemin de promenade).
— Charroi de gros véhicules sur des petites routes.
— Conditions de vie imposées aux animaux dans ce type d'élevage (surpopulation, absence de parcours extérieur...). — Proximité d'un site Natura 2000 avec des risques d'écoulement d'eau polluée vers le site.
— Impact cumulé de ce projet avec les autres déjà présents.
— Privatisation de l'eau de la nappe aquifère au bénéfice des exploitants industriels, accentuant le stress hydrique et au détriment de l'intérêt général. L'EI du projet évalue la quantité d'eau annuelle à 8.300 m³/an, soit l'équivalent de 245 personnes.
— Plantations insuffisantes pour pallier à la pollution de l'air par les particules fines.
— Risque de pollutions indirectes de la Wamme liées au stockage, épandage de fientes ou ruissellement d'eau vers la Wamme qui traverse Hargimont et qui est un lieu de baignade.
— Projet en contradiction avec la vocation touristique douce de la région. — Les riverains les plus proches se situent à 400 m et il y a un risque lié aux odeurs (fientes, lors des opérations de nettoyage et de chargement) + passages réguliers de camions qui généreront des nuisances sonores.
— Implantation de bâtiments de grande taille et bétonisation des prairies naturelles constitue une rupture avec le paysage rural actuel.
— Proximité d'une zone Natura 2000 (présence de faune et de flore). Possibles émissions d'ammoniac, de poussières propres à l'élevage intensif auront un impact négatif sur la qualité de l'air.
— Projet présente un forage avec une consommation annuelle de 10 millions de litres dans un contexte de sécheresse. — Modèle agricole industriel intensif. La production belge de poulets de chair dépasse déjà la consommation nationale. Cette nouvelle installation ne répond pas à un besoin réel.
— Non-respect des dispositions régissant la participation du public : absence d'enregistrement vidéo de la RIP. — Projet plus important que celui proposé à la RIP.
— Non-respect du SDC (... ne pas autoriser les exploitations d'élevage industriel à grande échelle...). L'étude d'incidence quant à elle souligne l'absence de fondement juridique de la notion d'«élevage industriel».
— Écart ou dérogation au SDC injustifié (impossibilité pour le demandeur de justifier l'écart ou la dérogation).
— Le PCDR a fait le constat du souhait de favoriser l'émergence d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement et ce projet ne répond pas à l'objectif poursuivi.
— Engagements politiques d'exclure tout nouvel élevage industriel en faisant respecter le SDC. — Non-respect de la Directive Cadre Eau : la masse d'eau LE 18 R «Wamme» est bonne sauf pour l'état chimique lorsque les PBT sont pris en compte ; cela nécessite une dérogation pour le PBT.
— Les eaux pluviales véhiculeront une charge sensible en nitrate vers le ru avec un risque d'eutrophisation du milieu : attention, présence à proximité d'un site Natura 2000.
— Il est déduit que des quantités importantes d'ammoniac seraient déposées par le projet dans une zone Natura 2000 et un site de grand intérêt biologique, entraînant un risque d'acidification de ces zones (effet accentué par l'obligation d'épandage des effluents produits par les volailles avec contrat avec d'autres...).
— Proximité du projet avec des zones naturelles sensibles : proximité avec un site de grand intérêt biologique (SGIB n°1879) remarquable pour son intérêt ornithologique, un site N2000 (BE34022) comprenant des milieux alluviaux dans un excellent état avec espèces botaniques remarquables et une réserve naturelle «Pré de la Wamme» avec 150 espèces végétales.
— La Flandre interdit les nouveaux élevages et en supprime une partie des élevages à proximité de sites naturels après avoir constaté que l'acidification et l'eutrophisation constituent un problème majeur (ex. arrêté du Conseil flamand qui annule un permis d'extension d'un élevage de volaille car il n'a pas été démontré que l'extension n'aurait pas d'impact négatif sur les zones naturelles voisines).
— Absence de prise en compte de l'effet cumulatif des pollutions engendrées par les nombreux poulaillers de Harsin et Ambly. Les effets cumulatifs ne sont pas simplement additionnels, les conséquences sont plus importantes (nuisances olfactives, effets cumulés imposés par le PDGA entraînant une saturation des terres arables à voir à un territoire plus large, prélèvement dans les nappes phréatiques en raison d'une surexploitation de l'eau...).
— Imperméabilisation importante réduisant l'alimentation en eau des nappes phréatiques.
— Non-respect des orientations du Code Wallon de l'Agriculture.
— Non-respect du volet avicole du Plan stratégique Wallon de la PAC qui prévoit le développement de poulets alternatifs, source de diversification qualitative. Ce projet ne propose aucune production alternative, de développement local notamment à travers le tourisme.
— Impact sur le bien-être animal : le poulet ROSS308 est sélectionné pour atteindre son poids d'abattage rapidement. La croissance rapide entraîne des problèmes cardiaques ou au niveau des pattes.
- Considérant l'avis défavorable de la CCATM du 03 février 2026 qui indique comme remarques : "Il faut savoir si on veut encore de ce type d'élevage. Réunion de septembre 2024 entre les différents partis : on a atteint les limites de la Commune. Doit-on continuer à accentuer ce type d'élevage ? On a mis le doigt dans l'engrenage, c'est difficile de faire marche arrière. — Au niveau du charroi, les routes sont non adaptées. Tout le charroi passe par la même voirie. C'est une voirie utilisée par des promenades officielles, présence de points nœuds. C'est anti-touristique.
— Au niveau de l'eau. Ce projet nécessite un captage supplémentaire. Les rejets d'eau se font vers des mares qui sont devenues des bassins d'orage et nous ne sommes pas certains du dimensionnement de celles-ci attendu que cela reprend les pluies et les écoulements (avec du ruissellement) + les eaux pluviales du bâtiment.
— La ventilation est dirigée vers les habitations.
— Il faudra des contrats d'épandage avec peu de contrôle (contrôle administratif). Il y a pourtant des campagnes de contrôles mais surtout dans les zones plus à risque (Hainaut, Brabant...).
— Le projet est proche d'une zone Natura 2000 et d'un site de grand intérêt biologique et il y a des risques de pollution et de dégradations du sol de ces sites.
— Implantation du projet. Pourquoi s'étendre vers la zone Natura 2000 et ne pas recentrer l'exploitation, chemin Sur le Foy ?"*
- Considérant l'analyse du dossier par le conseiller en environnement, qui est libellé comme suit :
"Considérant qu'au niveau du captage, le contexte local concernant l'état qualitatif et quantitatif des eaux souterraines n'est pas pris en compte : l'EIE se base sur l'état global de la masse d'eau BERWM023 «Calcaires et grès de la Calestienne et de la Famenne» s'étendant de Louveigné à Chimay. Les sols schisteux et schisto-gréseux présents sur le site et aux alentours ont des capacités de stockage nettement plus limitées que les sols calcaires présents sur cette même masse d'eau et ne communiquant pas avec les réserves ciblées par le captage ;
Considérant qu'une étude plus approfondie des stocks d'eau disponibles (pose d'un piézomètre, évaluation de la porosité, prélèvement d'eau) sur le site du forage permettrait de s'assurer de l'impact limité du captage sur les ressources en eau au niveau local ;
Considérant que les eaux pluviales seront rejetées directement vers les eaux de surface sans aucune infiltration préalable, les sols étant peu drainants. Les bassins d'orages (mares tampons) qui seront aménagés en aval permettront de compenser l'imperméabilisation des sols (environ 1,3 ha) liée au projet. L'ajout d'un dispositif d'infiltration aérien type noue équipé d'un seuil de débordement permettrait d'améliorer encore la gestion quantitative des eaux de ruissellement, une partie des eaux pouvant tout de même être infiltrée.
Considérant que ces eaux pluviales seront chargées d'éléments fertilisants (voir EIE) et seront dirigées vers les mares tampon puis vers les zones naturelles situées en contrebas : site Natura 2000 BE34022 «Basse vallée de la Wamme», RNA «Prés de la Wamme» ;
Considérant que les eaux pluviales chargées de nitrates et phosphates menacent directement la qualité biologique de ces milieux si ces eaux ne sont pas correctement épurées avant rejet ; que le risque de détérioration de ces zones naturelles est non-nul ;
Considérant que la législation européenne impose aux états membres de prendre des mesures pour améliorer la qualité des eaux de surfaces et des eaux souterraines (Directive Cadre sur l'Eau). Un complément d'étude permettrait de s'assurer que le projet n'aura pas d'impact négatif sur la qualité des eaux ;
Considérant que le non-respect de la DCE peut entraîner des sanctions de la part de l'Europe envers les États membres, répercutant l'impact du projet sur la collectivité ;
Considérant que les rejets atmosphériques d'ammoniac présentent un risque d'acidification des sols sur le long terme. Le problème ne se pose pas dans la zone cultivée, le PH étant régulièrement rectifié, mais bien dans la zone Natura 2000 présente à proximité du site. N'ayant pas la possibilité de rectifier le PH dans les zones naturelles et le sol n'étant pas naturellement calcaire (et donc résistant à l'acidification), le projet risque de dégrader la qualité des sols sur le long terme (accumulation) ;
Considérant que le charroi moyen est estimé à 1 camion par jour (aller-retour) et devrait passer par le Chemin sur le Foy. La visibilité disponible au carrefour entre le Chemin sur le Foy et la voie de desserte est très limitée, augmentant le risque d'accident.
Considérant que l'aménagement de ce carrefour serait bénéfique à la bonne cohabitation entre le charroi induit par le projet et les usagers de ces voiries ;
Considérant qu'un complément d'étude, des mesures de réduction des rejets atmosphériques et d'épuration des eaux pluviales semblent nécessaires pour assurer une bonne gestion des rejets de l'exploitation."
Considérant le courrier du docteur Rousseau concernant la pollution atmosphérique liée à l'aviculture et ses impacts sur la santé humaine ;
Considérant qu'il apparaît que la dispersion de particules fines dans l'air peut être dommageable pour la santé ;
DECIDE
Article unique. D'émettre un avis réservé sur le projet considérant que le dossier ne permet pas, en l'état, de garantir l'absence d'incidences significatives sur la santé publique et les milieux naturels.
Par le Collège,
Le Directeur général : (s) Q. PAQUET Le Bourgmestre : (s) M. QUIRYNEN
Pour expédition conforme, Le Directeur général : Quentin PAQUET Le Bourgmestre : Marc QUIRYNEN