Vendredi 17 avril 2026
Charleville-Mézières, surprenante et vivante, médiévale et poétique — c'est ainsi que le programme de l'UTA Centre Luxembourg de Saint-Hubert nous présentait la destination de cette journée d'excursion du vendredi 17 avril 2026. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la ville a tenu toutes ses promesses ! Entre visite guidée du cœur historique, découverte du fascinant Musée de l'Ardenne, repas gastronomique typiquement ardennais et visite d'une cidrerie familiale, cette journée riche en découvertes restera longtemps gravée dans nos mémoires.
Départ de Saint-Hubert
C'est par un matin de printemps que notre groupe a pris la route au départ de Saint-Hubert à 7h35, en direction de Charleville-Mézières, chef-lieu des Ardennes françaises, à une petite heure et demie de route.
Mais au fait, d'où vient ce nom à rallonge ? Charleville-Mézières est née de la fusion de deux villes contiguës, Charleville et Mézières, le 1er octobre 1966. Cette fusion — la plus importante du XXe siècle en France — a produit une ville qui conserve de ses héritages divers une structure et une identité très hétérogènes.
Les deux cités avaient pourtant des caractères bien distincts : Mézières, place militaire stratégique aux rues tortueuses héritées du Moyen Âge, préfecture austère représentant le pouvoir central, s'opposait totalement à Charleville la commerçante. Charleville avait en effet été fondée en 1606 par Charles de Gonzague, qui lui accorda des privilèges commerciaux lui permettant de surpasser rapidement sa voisine en population et en richesse. La jalousie entre les deux villes fut séculaire, et plusieurs projets de fusion avaient échoué depuis le début du XIXe siècle avant qu'elles ne s'unissent finalement en 1966.
La place Ducale
Après environ une heure et demie de route, l'autocar nous dépose à proximité du cœur historique de la ville. Quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre la Place Ducale, où un guide nous attend pour nous faire découvrir les richesses de la cité.
Notre guide nous retrace alors l'histoire fascinante de cette place et de la ville qui lui doit son existence. En 1606, un prince d'origine italienne, Charles de Gonzague, fonde Charleville sur la minuscule principauté d'Arches, rêvant de rivaliser avec les grands souverains de son époque en se dotant d'une véritable capitale. Ce qui aurait pu rester une utopie devint, avec Versailles, l'une des réalisations urbaines les plus importantes du XVIIe siècle sur le territoire de la France actuelle.
Le projet de la Place Ducale est confié à l'architecte Clément Métezeau, dont le frère Louis est l'auteur de la célèbre Place des Vosges à Paris. Et la ressemblance n'est pas fortuite : harmonie, symétrie, arcades et pavillons de briques et de pierres — ces similitudes valent souvent à la Place Ducale d'être qualifiée de « sœur jumelle » de la Place des Vosges. Avec toutefois une différence notable : la Place Ducale ne possède aucun terre-plein central, contrairement à la Place des Vosges où des arbres furent plantés tardivement.
Classée monument historique en 1946, la Place Ducale est aujourd'hui le point de départ idéal pour découvrir Charleville-Mézières, classée Ville d'Art et d'Histoire depuis 2013. Toute l'année, elle bat au rythme des marchés, des terrasses et de grands événements, dont le célèbre Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes.
La rue de la République et ses statues
De la Place Ducale, nous empruntons la rue de la République, grande artère piétonne et commerçante qui s'en détache vers le sud. Aménagée au XVIIe siècle en même temps que tout le nord de la ville, elle constitue la grande rue commerçante piétonne de Charleville-Mézières.
Mais le guide nous invite à lever les yeux au-dessus des vitrines modernes pour découvrir un trésor discret : quatre statues de pierre logées dans des niches sur les façades des maisons, chacune représentant une divinité grecque ou romaine. Ces quatre statues, avec leurs niches, sont classées monuments historiques depuis le 30 avril 1936.
On y trouve ainsi :
- au n° 17/19, Tyché (Fortuna), déesse de la fortune, tenant une corne d'abondance ;
- au n° 16/18, Déméter (Cérès), déesse de la fertilité, munie d'une faucille ;
- au n° 47/49, Héra (Junon), déesse du mariage, accompagnée d'un paon ;
- au n° 44/46, Arès (Mars), dieu de la guerre, tenant un bouclier orné du soleil.
Un beau rappel que cette rue, malgré ses allures de rue commerçante ordinaire, a été conçue dès l'origine comme un décor urbain digne de la cité idéale voulue par Charles de Gonzague.
Notre promenade nous réserve également une émotion toute particulière : nous passons devant la maison natale d'Arthur Rimbaud où il nait naît le 20 octobre 1854. Rimbaud-arthur Une plaque commémorative sur la façade signale le lieu de naissance de celui qui allait devenir l'un des plus grands poètes de la langue française, avant de tout abandonner pour partir à l'aventure aux quatre coins du monde.
Au bout de la rue de la République, nous découvrons la statue de Charles de Gonzague, le fondateur de la ville, qui trône majestueusement à l'entrée de la cité historique. Après avoir été pendant un siècle au centre de la Place Ducale, elle a été transférée en haut de la rue Pierre-Bérégovoy en 1999, afin de respecter le vœu du prince fondateur et de restaurer l'homogénéité de la Place Ducale. Elle marque ainsi l'entrée de la ville historique de Charleville et accueille les visiteurs venant de la gare. La statue en bronze du duc de Mantoue et les autres figures sont l'œuvre du sculpteur français Alphonse Théodore Charles Collé, né à Charleville, et le monument fut inauguré en 1899.
L'Horloge du Grand Marionnettiste
De la rue de la République, notre groupe se dirige vers la place Winston-Churchill, toute proche, où nous attend l'une des attractions les plus originales de la ville : l'Horloge du Grand Marionnettiste.
Cette horloge monumentale est intégrée en façade de l'immeuble jouxtant l'Institut International de la Marionnette, qui est en réalité la partie arrière du Musée de l'Ardenne dont l'entrée principale se trouve place Ducale. Le Grand Marionnettiste a été conçu pour ressembler à un marionnettiste dont les différentes parties du corps sont incrustées dans la façade du bâtiment.
L'idée germe en 1986 lors d'un échange entre Jacques Félix, fondateur du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, et Jacques Monestier, futur créateur de l'automate. L'œuvre est inaugurée en 1991. Ce géant de 10 mètres de haut présente chaque jour, de 10h à 21h, en douze tableaux, la légende ardennaise des Quatre Fils Aymon.
Cette légende raconte l'histoire des quatre fils Aymon fuyant Charlemagne sur leur puissant cheval Bayard, suite à une querelle au cours de laquelle l'un d'eux avait tué un neveu de l'empereur lors d'une partie d'échecs. Ils se réfugièrent dans la forêt ardennaise.
Le mécanisme de l'automate est animé par vérins pneumatiques et programmateurs à cames. Les douze tableaux, pesant chacun 100 kg, se déplacent par tapis roulants et tables à rouleaux, le déclenchement s'effectuant par horloge mère radio-pilotée.
Malheureusement, le temps nous était compté car la visite du Musée de l'Ardenne nous attendait. Nous n'avons donc pas pu nous attarder pour assister à l'un de ces mini-spectacles qui se déroulent toutes les heures — une bonne raison d'y revenir !
Le Musée de l'Ardenne
La salle des armes
Notre visite du Musée de l'Ardenne commence par une salle qui ne manque pas d'impressionner : la salle des armes. Les armes de la Manufacture royale de Charleville y sont exposées au premier étage, sous de belles vitrines d'acier bleu.
En 1675, à Charleville, est créé le Magasin royal, qui devient en 1688 la Manufacture royale d'armes. Cette manufacture allait devenir l'une des plus importantes du royaume. La salle présente la quasi-totalité des modèles produits par la manufacture, notamment le célèbre modèle de 1777, dont une cargaison fut embarquée par le marquis de Lafayette sur l'Hermione afin d'équiper les insurgés américains.
Et c'est là un fait historique méconnu mais remarquable : durant la guerre d'Indépendance américaine (1775–1783), la manufacture de Charleville-Mézières fournit plus de 100 000 armes aux insurgés américains, contribuant ainsi à la naissance des États-Unis. Le « Charleville musket » servit même de modèle pour la création du premier fusil réglementaire américain, le Springfield 1795. Et dans le domaine militaire, c'est l'École royale du génie de Mézières qui inspira la création de West Point.
La manufacture ferma définitivement ses ateliers le 1er janvier 1836, suite à la chute du Premier Empire, laissant sans travail plus d'un millier d'ouvriers — une véritable catastrophe pour l'économie locale.
Une page d'histoire surprenante, que l'on n'imaginait pas découvrir au cœur des Ardennes françaises !
La miniature de Mézières
Dans la pièce suivante, une maquette minutieuse nous permet de découvrir l'ancienne ville de Mézières dans toute sa splendeur fortifiée — l'occasion pour notre guide de nous en retracer l'histoire.
Le nom même de Mézières est une déformation du latin Maceriae, qui signifie « murailles » — un souvenir de l'enceinte qui entourait la ville, d'où le nom de ses habitants : les Macériens. L'histoire de Mézières trouve sa source aux IXe et Xe siècles, lorsque l'emplacement stratégique d'un éperon niché au creux d'une boucle de la Meuse est occupé par un château. Logée dans ce méandre de la Meuse, Mézières construit ensuite sa renommée marchande pendant tout le Moyen Âge.
Mais la ville connaît un tournant dramatique au XVIe siècle. En 1521, Charles Quint, qui tente d'entrer dans le royaume de France, est arrêté à Mézières par le chevalier Bayard, envoyé par François Ier pour prêter main forte aux Macériens. La victoire a cependant coûté cher à la cité ; pour l'aider à se relever, François Ier accorde l'exemption de la taille pour dix ans et ordonne le renforcement des remparts, car la ville est considérée comme « une des clés du royaume ».
Les guerres de religion lui portent ensuite un coup fatal : le Maréchal de Saint-Paul fait raser le tiers est de la ville pour y édifier une citadelle, chassant 2 000 habitants. C'est le début du déclin de Mézières, qui devient ville de garnison, tandis que l'activité marchande et artisanale se déplace vers la toute nouvelle Charleville voisine.
Au cours des années 1670-1680, les remparts médiévaux sont renforcés d'une ceinture de fortifications bastionnées sur les plans de Vauban. L'ancien Palais des Tournelles accueille ensuite, de 1748 à 1793, l'École royale du génie, où enseigne le célèbre mathématicien Gaspard Monge — et dont nous avons déjà vu qu'elle inspira la création de West Point aux États-Unis.
La miniature de Charleville
La pièce suivante nous offre une magnifique maquette de l'ancienne Charleville, qui nous permet de saisir d'un seul coup d'œil le génie urbanistique de son fondateur.
Charles Ier de Gonzague ambitionnait de créer une cité idéale, d'après des principes politiques, urbains et architecturaux hérités de la Renaissance. Le plan urbain était exemplaire : larges avenues, places symétriques, bâtiments harmonieux, avec la Place Ducale comme cœur vibrant de la nouvelle cité.
Charles de Gonzague avait défini pour Charleville des règlements stricts qui pourraient en quelque sorte s'apparenter à un Plan Local d'Urbanisme d'aujourd'hui, concevant globalement la ville dans sa dimension à la fois esthétique et économique, en organisant son peuplement et en permettant la mise en œuvre rigoureuse de son projet.
De cette ville idéale, il demeure aujourd'hui le splendide écrin baroque de la Place Ducale, avec ses vingt-sept pavillons de briques et de pierres encadrant la façade inachevée d'un palais que chacun peut achever en imagination. Car la cité idéale projetée par Charles de Gonzague resta inachevée : dès 1629, le duc dut partir pour l'Italie afin de revendiquer son héritage et devenir duc de Mantoue.
L'apothicaire
Nous pénétrons ensuite dans l'une des salles les plus surprenantes du musée : l'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu Saint-Louis, reconstituée avec un soin remarquable. Les boiseries de chêne clair courent sur tous les murs, garnies d'étagères où s'alignent en rangs serrés les fameux pots de faïence bleu et blanc, accompagnés de leurs tiroirs numérotés destinés aux plantes et aux poudres médicinales.
Cette apothicairerie de l'Hôtel-Dieu Saint-Louis, datant de 1756, présente ses boiseries et ses 120 pots de faïences de Nevers au public. Un véritable voyage dans le temps, qui nous plonge dans l'univers de la pharmacopée du XVIIIe siècle, lorsque chaque remède était soigneusement conservé dans ces récipients de céramique ornés de motifs floraux et héraldiques peints à la main.
L'ardoise, le bois, la forge et la fonte
Une autre salle du musée nous plonge dans les racines économiques et industrielles de la région, autour de trois matières premières qui ont forgé l'identité ardennaise : l'ardoise, le bois et le fer.
L'ardoise
L'ardoise ardennaise est une ressource exploitée depuis des temps très anciens — des plaquettes de schiste gravées remontant à la fin du Magdalénien (-10 500 ans) en témoignent déjà. Au XIXe siècle, l'activité connaît un véritable essor, avec des bassins d'extraction principalement établis à Rimogne, Fumay, Monthermé et leurs environs. En 1869, le département des Ardennes produisait à lui seul 175 millions d'ardoises par an, faisant travailler quelque 2 400 ouvriers. Mais la concurrence étrangère et la mécanisation eurent raison de cette industrie : l'activité a complètement disparu en 1971.
Le bois et la forêt
La forêt ardennaise, dense et omniprésente, a de tout temps constitué une ressource vitale. Le bois servait autant à la construction qu'au chauffage et à l'industrie du charbon. Les bûcherons abattaient les arbres, tandis qu'au printemps les pelous s'affairaient à écorcer les chênes pour alimenter les tanneries le long des rivières. Le travail du bois nourrissait aussi de nombreux artisans : sabotiers, tonneliers, charrons, sans oublier ceux qui fabriquaient les outils nécessaires à d'autres corps de métier comme la laiterie ou la fromagerie.
La forge et la fonte
Enfin, le fer est au cœur de l'identité industrielle ardennaise. La figure du forgeron ardennais existe bien avant notre ère, dans une région dotée d'un réseau hydrographique dense permettant d'actionner les soufflets de forge. C'est dans la vallée de la Semoy que se développèrent notamment les premières fonderies, avant que la révolution industrielle du XIXe siècle ne transforme radicalement ce tissu artisanal en grande industrie.
Dans cette même salle, un magnifique vitrail attire particulièrement notre attention. Il représente un forgeron ardennais à l'ouvrage, debout devant son enclume, dans un atelier aux murs de pierre. Mais ce qui surprend le visiteur, c'est le détail visible dans la scène : une grande roue, actionnée non pas par l'eau ou la vapeur, mais... par un chien ! En effet, l'animal trottait en continu à l'intérieur de cette roue à écureuil, transmettant ainsi son énergie mécanique pour actionner le soufflet de forge et maintenir le feu à la bonne température. Une anecdote qui ne manque pas de faire sourire, mais qui témoigne de l'ingéniosité — et des moyens souvent modestes — des artisans ardennais d'autrefois !
Eugène Damas (1844-1899)
La visite du musée nous réserve encore une belle surprise avec une salle consacrée au peintre ardennais Eugène Damas (1844-1899).
Enfant, Eugène Damas découvre les gravures colorées dans un café de Charleville. Né à Rimogne dans une famille modeste, ses parents encouragent cette passion naissante et lui achètent une boîte de couleurs. Il se forme à l'École des beaux-arts de Valenciennes, puis à Paris dans l'atelier du peintre Alexandre Cabanel. Le décès de son père le contraint cependant à revenir dans les Ardennes, où il s'installe à Charleville, vivant modestement grâce au commerce de modiste tenu par son épouse.
Eugène Damas se spécialise alors dans le paysage et la scène de genre, capturant avec réalisme le monde rural traditionnel ardennais de la fin du XIXe siècle, avant les bouleversements liés à l'industrialisation et à la mécanisation. Ses œuvres — La Cueilleuse de champignons, Les Vanneuses, Midi — célèbrent la campagne et le paysan sans idéalisation ni embellissement, s'inscrivant dans la lignée des peintres Gustave Courbet et Jean-François Millet. Sa palette privilégie les tonalités claires et naturelles, dominant le vert. Il peint en plein air, directement sur le motif, dans les vallées de la Semonne, de la Vence et de la Meuse.
Bien que ses tableaux se vendent peu de son vivant, il expose régulièrement au Salon de Paris et participe à la création de l'Union des artistes ardennais en 1888. Soutenu par des collectionneurs locaux, il peint inlassablement jusqu'à sa mort en 1899. Ses œuvres constituent aujourd'hui une « photographie » unique de la vie rurale ardennaise du XIXe siècle, témoignage d'un monde en pleine mutation.
Ce qui frappe d'emblée le visiteur en entrant dans cette salle, c'est la taille imposante de certaines toiles, qui atteignent au moins 1,50 mètre de hauteur. On comprend mieux alors ce que la plaque du musée entend par « grands aplats de couleur » — Damas ne peignait pas de petits tableaux de salon, mais de véritables fenêtres ouvertes sur le monde rural ardennais, capables d'envelopper le spectateur et de le plonger au cœur de la scène représentée.
L'intérieur ardennais
Le musée nous réserve encore une page d'histoire bien touchante : la reconstitution grandeur nature d'un intérieur ardennais typique de la fin du XIXe siècle. Deux pièces s'offrent à notre regard depuis une mezzanine, comme si l'on regardait par-dessus le mur du temps.
La première pièce évoque la chambre familiale : un grand lit en bois sombre, un berceau en osier pour le nourrisson, un rouet à filer dans le coin, une armoire sculptée, une table ronde avec ses chaises paillées — et sur le mur, un chapelet et une image pieuse, témoins d'une foi omniprésente dans la vie quotidienne. Un mannequin vêtu d'une robe noire à col de dentelle rappelle la tenue vestimentaire de l'époque. On remarque également une croix de paille tressée accrochée à la porte — vraisemblablement une croix de la Saint-Blaise ou de la Saint-Brigitte, tradition rurale ardennaise bien connue.
La seconde pièce reconstitue la cuisine-salle commune, véritable cœur de la maison paysanne : une grande cheminée en briques avec sa cuisinière en fonte, une longue table de ferme avec ses bancs, une baratte à beurre, des paniers d'osier, des cruches en grès, et même un vélo ancien appuyé contre le mur. Tout ici respire l'authenticité et la vie simple mais laborieuse des familles ardennaises d'autrefois.
La salle des marionnettes
Et pour clore notre visite du Musée de l'Ardenne en beauté, nous pénétrons dans la salle des marionnettes — sans doute la plus spectaculaire de toutes. Les vitrines regorgent de marionnettes venues des quatre coins du monde, témoignant de l'universalité de cet art millénaire. Charleville-Mézières, capitale mondiale de la marionnette, ne pouvait pas faire moins !
Notre guide s'attarde tout d'abord sur le célébrissime Guignol. Créé à Lyon en 1808 par un canut du nom de Laurent Mourguet, Guignol est reconnu comme la première marionnette à gaine de France. À l'origine, Mourguet utilisait la marionnette pour attirer les clients vers son étal, mais il se rendit très vite compte de son potentiel comme outil de divertissement et de critique sociale. Le personnage de Guignol est celui d'un ouvrier débrouillard, doté d'un sens aigu de la justice et d'un humour décapant. Au XIXe siècle, Guignol jouait souvent des pièces critiques envers les autorités locales, et grâce à son ton humoristique et parfois naïf, il échappait souvent à la censure. Aujourd'hui encore, son nom est entré dans le langage courant !
Mais c'est notre Tchantchès liégeois qui suscite peut-être le plus de connivence dans le groupe ! Tchantchès est la personnification du vrai Liégeois têtu, buveur et frondeur. Selon la légende, il est né en 760 entre deux pavés du quartier populaire d'Outremeuse. Comme le petit bonhomme n'apprécie pas l'eau, son père lui fait goûter, avec succès, un biscuit trempé dans le pèkèt — l'alcool liégeois aux baies de genévrier. Son sevrage se fait ensuite avec un hareng saur, ce qui lui donne une soif ardente pour la vie ! On le reconnaît à son costume traditionnel liégeois : pantalon à carreaux noir et blanc, sarrau bleu, foulard rouge à pois blancs, casquette bleue — et bien sûr son nez rouge d'amateur de pèkèt !
Deux marionnettes, deux caractères bien trempés, deux figures populaires qui incarnent chacune l'âme et l'humour de leur région. Un beau clin d'œil pour nous, venus de Belgique !
Le repas à La Grande Tablée Ardennaise
Il est temps de quitter le musée et de rejoindre notre autocar pour un trajet d'une petite dizaine de kilomètres jusqu'à Francheville, où nous attend le restaurant La Grande Tablée Ardennaise — un établissement tenu par un boucher-restaurateur, gage d'une cuisine authentique et généreuse !
Le menu, typiquement ardennais, avait été annoncé à l'avance et il tient toutes ses promesses :
En apéritif, au choix : un kir, une bière pression Cuvée d'Arthur ou un soft.
Au repas, eaux plates et pétillantes, puis une ardoise de saucisson sec Saveurs d'Ardennes, suivie du plat de résistance : la cacasse à cul nu — une fricassée de pommes de terre et d'oignons accompagnée de lard et d'une saucisse fumée, véritable plat traditionnel ardennais.
En dessert, le Carolo et son coulis de noisette — une spécialité de Charleville : une meringue aux amandes garnie d'une crème légère pralinée. Une douceur dont on se souvient longtemps !
Le tout accompagné d'un café, dans une atmosphère conviviale et chaleureuse, comme on les aime.
La Cidrerie de Warnécourt
Après ce repas bien mérité, notre autocar nous conduit à une petite dizaine de kilomètres de là, à Warnécourt, pour l'une des visites les plus originales de la journée : la Cidrerie de Warnécourt, tenue par la famille Pavy.
Claude et Xavier Pavy ont créé cette cidrerie familiale en 2004 sur le territoire de Warnécourt, à proximité de Charleville-Mézières. Elle a ensuite été transférée sur le territoire de Barbaise en 2014, auprès des nouveaux vergers. L'exploitation couvre plusieurs hectares de pommiers et quelques poiriers, sur un terrain argilo-calcaire qui, combiné à un savoir-faire et des plantations de pommiers à cidre, permet d'obtenir des breuvages cidricoles de très belle qualité.
Le maître des lieux nous guide pas à pas à travers toutes les étapes de la fabrication, du verger à la vente directe, en passant par la distillation et la mise en bouteille. Les produits sont tous naturels : aucun conservateur chimique, un jus de pomme décanté et non centrifugé sans ajout de sucres ni arômes, et aucun gaz carbonique artificiel pour les produits effervescents.
La gamme est impressionnante : cidres, poirés, jus de pomme, apéritifs comme le Ratafia de Cidre, la Cerisette ou le Soleil des Prés, sans oublier les digestifs : eaux de vie, liqueur de pomme, liqueur d'angélique, gin ardennais, vodbroska... et la nouveauté maison, le Barbencroc 52, une eau de vie de pommes vieillie en fût de chêne, dont le nom rappelle celui d'un célèbre bandit ardennais du IXe siècle.
La visite se conclut par une dégustation commentée qui ravit toutes les papilles — et pousse plus d'un participant à repartir avec quelques bouteilles sous le bras !
Photos du Web, j'ai complètement oublié d'en prendre.
Retour vers Saint-Hubert
Il est 17h15 lorsque nous quittons la cidrerie pour reprendre la route en direction de Saint-Hubert, le cœur léger et la tête pleine de souvenirs. Après une journée bien remplie, notre autocar nous ramène sains et saufs à bon port vers 18h20, comme prévu.
Cette excursion organisée par l'UTA Centre Luxembourg de Saint-Hubert restera sans doute longtemps dans les mémoires. En une seule journée, nous avons traversé des siècles d'histoire, découvert une ville surprenante aux multiples visages, savouré une cuisine généreuse et authentique, et terminé en beauté par la découverte d'un artisanat local passionné.
Charleville-Mézières, surprenante et vivante, médiévale et poétique — comme l'annonçait si bien le programme — a tenu toutes ses promesses. Un grand merci à nos guides pour leur passion communicative, à notre chauffeur pour sa conduite irréprochable, et aux responsables de l'UTA pour l'organisation sans faille de cette belle journée !



















